Jeudi soir, 15 087 personnes ont franchi les tourniquets du Centre Vidéotron pour voir le cinquième match de la série du Canadien contre les Sabres à Buffalo. Dans les gradins, Yoan Larrivée et sept de ses amis avaient pris leurs billets dès la mise en vente, à 12 dollars la place, bien avant que l’engouement n’atteigne son sommet.
Le groupe venait de la région et s’était connu à l’école L’Eau-Vive, dans le quartier Neufchâtel, au secondaire. Nathan Garneau résumait leur état d’esprit sans détour: ils ne se sont pas beaucoup reparlé depuis cette époque, mais ils sont tous partisans du Canadien. Sur le écran, les images du Centre Vidéotron en liesse sont d’ailleurs revenues à plusieurs reprises pendant la télédiffusion de TVA Sports, donnant à la soirée des allures de rassemblement à grande échelle.
L’affluence a confirmé ce que plusieurs observateurs pressentaient depuis que les billets à bas prix avaient déclenché la ruée. Plus de 15 000 partisans ont répondu à l’appel, transformant l’amphithéâtre de Limoilou en succursale du bleu-blanc-rouge le temps d’un match qui, sur la glace, se jouait pourtant à Buffalo. Pour Yoan Larrivée, l’essentiel était ailleurs: il voulait montrer que les gens de Québec s’intéressent au produit de la Ligue nationale et qu’un aréna peut se remplir même quand ce n’est pas l’équipe de la ville qui est en cause.
Cette lecture n’a pas fait l’unanimité. La présence de milliers d’amateurs du CH à Québec a suscité des réactions mitigées, et Mario Roy a parlé de « trahison » sur Facebook. L’épisode rappelle que le Canadien reste, pour plusieurs, bien plus qu’une équipe de hockey: c’est un marqueur identitaire qui divise dès qu’il déborde le simple cadre sportif.
Chez Claudia Fournier et Jean-Philippe Brousseau, de la Rive-Sud de Québec, la passion est venue plus tard, dans les dernières semaines seulement. Ils ont d’abord suivi le hockey en regardant les péripéties du National de Québec et du Bataillon de Saint-Hyacinthe dans la Ligue nord-américaine de hockey, avant de basculer pour de bon à la fin mars, pendant la série de huit victoires du Canadien. Avec Félix Brousseau et Anaëve Godard à leurs côtés dans les gradins, la famille a elle aussi succombé à la frénésie tricolore. « On est quand même intense, quand on embarque dans quelque chose, on embarque pour vrai », a lancé Claudia Fournier en riant, ajoutant qu’on ne s’explique pas vraiment l’ambiance des dernières semaines. Puis, sans chercher à la tempérer, elle a résumé la soirée en deux mots: « On capote! »
Pour Larrivée, la soirée avait une portée presque politique: « Pour l’instant, c’est l’équipe du Québec et c’est quand même intéressant de se rassembler derrière elle », a-t-il dit, tout en reconnaissant que le jour où une équipe reviendra à Québec, il aura « un certainement pincement » à tourner le dos au Canadien, même s’il changerait sans hésiter pour la nouvelle formation de la capitale. En attendant, ce prochain match des Canadiens de Montréal a offert à Québec une preuve claire de sa capacité à se mobiliser. Le hockey y reste un réflexe collectif, et jeudi soir, il a rempli un aréna entier.

