Christine Fréchette annoncera lundi l’abolition de la TVQ sur une série de produits vendus à l’épicerie et à la pharmacie, dont des barres granola et du papier hygiénique. La mesure représenterait une économie d’environ 50 $ par ménage, mais elle coûterait aussi 100 millions de dollars par année à l’État, selon le Journal de Québec.
Cette nouvelle promesse s’ajoute à une série d’engagements pris depuis la victoire de Fréchette à la course à la chefferie de la CAQ, à la mi-avril. En ajoutant cette mesure, le total des sommes déjà engagées grimpe à environ 330 millions de dollars, au-dessus de la marge annuelle de 250 millions de dollars qu’Eric Girard avait mise de côté dans son budget pour permettre à la future cheffe du parti de financer ses promesses.
Avant même cette annonce sur la TVQ, Fréchette avait déjà utilisé 140 millions de dollars pour financer sa promesse de rembourser une grande partie des droits de mutation pour les nouveaux acheteurs. Elle avait aussi réservé 50 millions de dollars pour réduire les taxes des PME et 40 millions de dollars pour rembourser aux agriculteurs la taxe carbone. Le message budgétaire est donc déjà clair: la nouvelle chef de la CAQ avance vite, et elle le fait en consommant presque tout l’espace financier que Girard avait prévu pour elle.
Ce cadre avait été fixé noir sur blanc par le ministre des Finances lors de la présentation de son budget. Girard avait expliqué que si la prochaine dirigeante avait besoin de plus que 250 millions de dollars par année, l’argent nécessaire serait pris dans la provision pour imprévus. Cette réserve existe, mais elle n’a pas été conçue pour absorber une série d’engagements aussi rapprochés les uns des autres.
Le même malaise transparaissait déjà dans un courriel envoyé le 2 mai par Girard à Fréchette. Il y écrivait: «Je me dois de souligner que je suis inquiet du nombre d'annonces considérées par notre gouvernement depuis votre élection». Il ajoutait que les Québécois sont «intelligents» et «savent compter», puis qu’ils «connaissent l’état des finances publiques et souhaitent une première ministre responsable qui ne dépense pas à tout vent comme son prédécesseur était perçu».
Fréchette a pris la parole samedi à Lévis, à l’occasion du dernier conseil général de son parti avant la campagne électorale, où elle a aussi annoncé que Marie-Belle Gendron et Yannick Gagnon coprésideront la campagne de la CAQ. Le calendrier politique donne à ces annonces un poids particulier: il reste trois mois avant octobre, quand les Albertains voteront sur l’avenir de leur province au sein du Canada, et la pression sur les finances publiques québécoises, elle, est immédiate.
La question, à ce stade, n’est pas de savoir si Fréchette veut marquer rapidement son arrivée, mais jusqu’où elle peut pousser la facture sans déborder de l’enveloppe que Girard lui a laissée. Avec la TVQ retirée de l’équation, sa marge de manœuvre semble déjà presque épuisée.

