Christine Fréchette a dit vendredi que le Québec n’était pas encore prêt à quitter la Beyond Oil and Gas Alliance, alors que la possibilité de relancer le gaz de schiste continue de jeter une ombre sur la position environnementale du gouvernement. « On n’en est pas là encore », a déclaré la ministre, en laissant entendre qu’aucune décision n’était prise.
La ministre de l’Économie a aussi insisté sur le fait qu’elle avait ouvert « une réflexion, une discussion » sur le dossier, mais qu’« on n’est pas à la prise de décision et la mise en place de cette décision, on est bien avant ça ». Elle a ajouté qu’elle ne comptait pas parler du gaz de schiste lors de sa visite dans le Centre-du-Québec vendredi.
Le message est politiquement lourd pour un gouvernement qui, en novembre 2021, a annoncé à Glasgow l’adhésion du Québec à cette alliance réunissant des États ayant renoncé aux activités d’exploration visant l’exploitation des hydrocarbures. Québec co-préside d’ailleurs ce groupe avec le Danemark, l’un des rares organismes internationaux dont la province partage la direction.
Si le gouvernement autorisait de nouveau des entreprises à forer et à exploiter du gaz de schiste, cela contredirait directement les objectifs et la mission de l’alliance. En mars, le Parti québécois a fait adopter à l’Assemblée nationale une motion contre l’exploitation du gaz de schiste, et même des élus de la CAQ qui avaient appuyé la candidature de Fréchette ont voté en faveur du texte.
Le dossier revient aussi avec un lourd passé. Au début des années 2010, le gaz de schiste a déclenché de nombreuses mobilisations et manifestations dans la vallée du Saint-Laurent, surtout en Montérégie et dans le Centre-du-Québec, pendant que le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement multipliait les consultations. Cette mémoire explique en partie pourquoi toute réouverture du débat sur l’environnement reste hautement sensible dans ces régions.
Le gouvernement a pourtant déjà fermé la porte, du moins sur le papier. En 2022, Québec a adopté avec l’appui des partis d’opposition une loi mettant fin à la recherche d’hydrocarbures, à leur production et à l’exploitation de la saumure, en prévoyant 100 millions de dollars de compensation pour les entreprises qui avaient mené des travaux de prospection.
Mais le front judiciaire maintient la pression. Les entreprises contestent cette loi devant les tribunaux et réclament au moins 18 milliards de dollars en indemnisation, ce qui place la province face à un bras de fer financier qui dépasse largement le seul débat énergétique. Dans ce contexte, la prudence de Fréchette montre que Québec veut encore gagner du temps avant de rouvrir un dossier qui avait déjà soulevé une opposition forte et durable.

