La crise du logement ne lâche pas les premiers acheteurs au Canada. En avril, l’indice Teranet-Banque Nationale a reculé pour un cinquième mois consécutif à l’échelle du pays, alors même que l’accès à la propriété ne s’améliore toujours pas, ou à peine.
Le signal est clair: le marché résidentiel reste sous pression, mais pas de manière uniforme. La baisse de l’indice représente une contraction de plus de 5 % sur une base annuelle, et plus de la moitié des régions couvertes par l’indice de prix de la Banque Nationale se trouvaient 10 % ou plus sous leur sommet. Dans le même mouvement, la diminution des prix sur un an a été quasiment aussi importante pour les copropriétés que pour les maisons unifamiliales, ce qui montre que la faiblesse ne se limite plus à un segment précis du marché.
Le Québec fait toutefois figure d’exception partielle. À Montréal, les prix ont progressé d’environ 4,6 % sur une base annuelle, et à Québec, la hausse a atteint 13,3 %. Mais cette fermeté des prix ne rend pas l’entrée sur le marché plus facile. En mars, il fallait 45,2 mois d’épargne pour accumuler une mise de fonds minimale à Montréal, contre 31,2 mois à Québec. Pour un condo, il fallait 31 mois d’épargne à Montréal et 22,6 mois à Québec. Pour un autre type de propriété, la barre montait à 52,8 mois à Montréal et à 31,5 mois à Québec.
Cette rigidité tient à plusieurs facteurs qui continuent de se répondre. L’offre immobilière demeure limitée, les problèmes d’abordabilité reviennent sans cesse, et la pression sur les loyers comme sur l’inflation continue de peser sur le loyer de l’argent. En mars, les taux hypothécaires ont augmenté à mesure que les rendements obligataires s’élevaient, eux-mêmes tirés par la hausse de l’inflation anticipée par les marchés. Le conflit au Moyen-Orient a aussi entraîné des répercussions sur le marché immobilier canadien, selon la banque, qui souligne que cette montée des rendements a renchéri le financement au moment même où les ménages tentaient déjà de composer avec des prix élevés.
La lecture de fond reste celle d’un printemps immobilier atone au Canada. La démographie est peu favorable, l’essentiel des baisses de taux hypothécaires est désormais derrière nous, et dans nombre de régions, la mesure d’abordabilité globale de la Banque Royale demeure supérieure de plus de 10 points de pourcentage à sa moyenne historique. Un environnement hypothécaire un peu plus favorable et la résilience des revenus des ménages ont bien apporté un certain appui aux prix des propriétés, mais cet appui n’a pas suffi à faire reculer les obstacles pour les acheteurs de première main. Au Québec, surtout, l’allègement observé à l’échelle canadienne ne s’est pas matérialisé.
Le marché ne donne donc pas encore de vraie issue à ceux qui attendent une fenêtre d’entrée. Tant que l’offre restera limitée et que les coûts d’emprunt demeureront vulnérables aux tensions sur les rendements, la crise du logement continuera surtout de dire une chose: pour les premiers acheteurs, le plus dur n’est pas passé.
