Le patron d’Airbus Defence & Space, Éric Trappier, a annoncé le 22 avril 2026 la fin des négociations avec Airbus Defence & Space sur le futur avion de combat du programme SCAF. Deux jours plus tard, Emmanuel Macron a tenu à dire à Chypre que le projet n’était “pas du tout” mort, tout en affirmant que Paris et Berlin avaient “donné mandat à leurs ministères de la défense” pour poursuivre la coopération.
Entre les deux déclarations, le fossé s’est encore creusé. Le 18 avril, un média économique allemand rapportait que la médiation franco-allemande avait débouché sur deux rapports séparés et sur aucune convergence. Le médiateur allemand était arrivé à la conclusion qu’un chasseur commun n’était plus possible. Dans ce contexte, l’annonce de Trappier a sonné comme une rupture nette, au moment même où Berlin et Paris tentaient encore de sauver l’architecture du programme.
Le dossier pèse lourd parce qu’il ne concerne pas seulement un avion, mais l’un des grands projets industriels et militaires européens. Lancé en 2017 avec Angela Merkel, le SCAF devait associer la France et l’Allemagne autour d’un futur système de combat aérien, dont le chasseur de nouvelle génération, ou NGF, était la pièce disputée. À la fin de 2025, le BDLI avait déjà publié une note critiquant la gouvernance du programme et le rôle jugé trop dominant de Dassault Aviation dans la conception du NGF. Dans la foulée, le syndicat IG Metall avait écrit au gouvernement pour lui demander d’envisager d’exclure Dassault Aviation, jugeant que son attitude “met en danger les emplois et les compétences” en Allemagne et que l’entreprise n’était “plus un partenaire fiable”.
La crise a aussi pris une dimension politique des deux côtés du Rhin. Le 12 février 2026, des syndicats français ont dénoncé ce qu’ils ont appelé le “torpillage” du programme. Six jours plus tard, le 18 février, Friedrich Merz a estimé qu’un seul appareil ne pouvait pas répondre aux besoins de la France et de l’Allemagne tels qu’il les décrivait, allant jusqu’à évoquer l’idée de “deux avions distincts”. Fin mars, Trappier a durci le ton en disant qu’il n’était pas “un homme de cogestion” et en se donnant “deux à trois semaines” pour trouver un accord, un délai qui a expiré sans issue.
Ce qui rend la séquence difficile à refermer, c’est que l’échec du chasseur ne met pas nécessairement fin au reste du SCAF, mais il en bouleverse la logique. À la fin d’avril 2026, Airbus Defence & Space a proposé un programme réduit, recentré sur les logiciels, les drones et le combat cloud. Autrement dit, l’industriel allemand a déplacé le centre de gravité du projet loin du cœur pour lequel il avait été conçu. Le cœur du conflit reste le même depuis le début: qui pilote, qui décide et jusqu’où Paris acceptera une architecture dans laquelle Berlin a le dernier mot sur la médiation ?
La réponse, pour l’instant, est dans les faits plus que dans les discours. Macron assure que le SCAF vit encore, mais la rupture annoncée par Trappier, les deux rapports séparés de la médiation et le ralliement allemand à l’idée de solutions distinctes disent l’inverse sur le segment le plus stratégique du programme. Le SCAF peut encore survivre en partie. Son avion commun, lui, semble désormais à la merci d’un constat que les gouvernements ont mis des mois à contourner.

