En pays d’Olmes, l’industrie textile a longtemps fait battre le rythme de toute une vallée. Angel Cavicchiolo se souvient d’un territoire où le secteur représentait 11 000 emplois au total, dont 6 500 postes directs, avec autour de lui toute une économie d’entretien, de bâtiment et de transports. « Tu entendais taper partout dans la ville, ça faisait du bruit, mais les métiers à tisser qui tapaient, ça voulait dire que l’industrie tournait. C’était bon signe », a-t-il rappelé.
Cette puissance industrielle s’est construite dès l’Ancien Régime et s’est encore étendue jusqu’aux années 1980. À l’époque, le pays d’Olmes comptait plus de 12 000 habitants et, selon Cavicchiolo, trois quarts des ménages avaient un métier à tisser à la maison. Les usines tournaient en continu, en 3 x 8, et la vie locale s’organisait autour des horaires de production. « Quand je rentrais du travail, à 4 heures du matin, il y avait la queue en ville, comme en plein jour », a-t-il dit.
Marc Sanchez dresse le même tableau d’une densité aujourd’hui disparue. Il raconte qu’il fallait parfois plus d’une demi-heure pour traverser Lavelanet, tant les allers et venues étaient nombreux. « Matin, midi et soir, et même la nuit, c’étaient des centaines de personnes qui allaient au travail. Une fourmilière », a-t-il dit. Lavelanet, a-t-il ajouté, ressemblait alors à une ville-usine, où l’activité ne s’arrêtait presque jamais.
Cet âge d’or a cédé la place à un recul historique dans les années 1990. Le secteur textile du pays d’Olmes a alors commencé à perdre les emplois qui faisaient vivre la zone, au moment même où les entreprises locales étaient moins nombreuses et plus fragiles. Cavicchiolo dit qu’à l’époque il dirigeait une entreprise de travaux publics et de construction qui avait fini par atteindre 52 salariés, un niveau devenu difficile à imaginer aujourd’hui.
Le contraste avec le présent est brutal. Sanchez affirme que l’on cherche désormais des sociétés de plus de 10 salariés, quand le territoire comptait autrefois une douzaine d’entreprises de transport, dont certaines internationales, près de 1 500 camions et 37 personnes aux douanes. Le textile a récemment été remis sous les projecteurs à Laroque-d’Olmes lors de la visite d’Emmanuel Macron le 27 avril, rappelant qu’ici, la mémoire industrielle reste toujours liée à l’avenir économique.

