La Banque du Canada a publié mercredi le résumé des délibérations qui ont mené à sa décision de maintenir son taux directeur inchangé pour la quatrième fois consécutive, fin avril. Le document montre qu’au sein du Conseil de direction, les gouverneurs ont encore passé en revue plusieurs trajectoires possibles pour l’économie, dans un contexte dominé par la guerre en Iran et par l’incertitude commerciale.
Le message central est simple: la prochaine décision ne se laissera pas enfermer dans un seul scénario. En avril, Tiff Macklem avait prévenu que si la guerre en Iran ou le durcissement des restrictions commerciales imposées par les États-Unis freinaient l’économie alors que l’inflation restait bien maîtrisée, de nouvelles baisses du taux directeur pourraient devenir nécessaires. À l’inverse, il a aussi averti qu’une propagation des pressions sur les coûts liée à la hausse des prix mondiaux du pétrole pourrait pousser la banque centrale à procéder à des hausses consécutives des taux.
Cette publication survient alors que la banque centrale cherche à garder une marge de manœuvre face à une série de chocs potentiels. Le Conseil de direction, composé de six membres et chargé de fixer le taux directeur ainsi que d’autres éléments de haut niveau de la politique monétaire, a indiqué que l’ampleur du resserrement nécessaire dépendrait en partie du niveau d’investissement dans le secteur de l’énergie et de l’évolution du dollar canadien face au dollar américain. Dans ses dernières prévisions, la banque table sur un prix mondial du pétrole de 75 $ US le baril au cours de l’année à venir, mais le résumé des délibérations souligne qu’entre la guerre en Iran et l’issue de la prochaine révision de l’accord entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, de nombreuses voies restent ouvertes pour la croissance et l’inflation.
Le compte rendu montre aussi que les décideurs ne partageaient pas tous la même lecture des risques. Certains membres accordaient des probabilités différentes au résultat de la révision de l’ACEUM et à l’évolution du conflit au Moyen-Orient, ce qui a nourri des visions diverses sur la trajectoire du taux directeur. Macklem l’avait dit en avril sans détour: « L’incertitude est plus élevée que d’habitude et il y a de nombreuses issues possibles. La politique monétaire pourrait devoir être souple ». Il avait aussi expliqué: « Ce que nous essayons de faire comprendre, c’est l’orientation et l’ampleur approximative de notre réaction face à certaines situations ».
Le vrai point de friction, toutefois, est que la banque centrale n’exclut ni un assouplissement ni un resserrement si les chocs se matérialisent dans des directions opposées. Macklem avait même reconnu qu’une combinaison de droits de douane plus élevés et de prix du pétrole durablement plus élevés compliquerait encore l’équation. « Évidemment, s’il s’agit d’une combinaison de ces facteurs, la situation sera encore plus compliquée. Et nous devrons mettre en balance les différents facteurs », a-t-il dit en avril. Pour l’instant, la banque laisse entendre que si l’économie évolue globalement comme prévu, les changements futurs de politique monétaire devraient rester mineurs. Mais le rapport publié mercredi montre surtout que, dans ce dossier, la prochaine étape dépend moins d’un cap décidé à l’avance que de la direction que prendront le pétrole, le commerce et l’inflation dans les prochains mois.

