Lecture: Geraldine Nakache à Cannes avec Si tu penses bien, drame de l’emprise

Geraldine Nakache à Cannes avec Si tu penses bien, drame de l’emprise

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Au 2026, à Cannes Première, présente Si tu penses bien, un film qui quitte nettement le terrain de la comédie pour entrer dans celui de l’emprise psychologique. En 94 minutes, la cinéaste suit Gil et , portés par et , dans une histoire qui commence à Dubaï et se referme à Paris.

Six ans avant le présent du récit, Gil et Jacques se rencontrent à Dubaï, tombent amoureux, décident de garder un enfant à naître et se marient dans l’intimité, loin de leurs familles. Aujourd’hui, Gil veut reprendre sa vie et son travail après avoir mis sa carrière entre parenthèses pour tenter d’avoir un deuxième enfant. Jacques s’y oppose. La reprise annoncée ne tient pas seulement à une décision professionnelle: elle devient le point de rupture d’un couple dont l’équilibre repose déjà sur la contrainte.

Le film montre comment le rapport de force s’installe dans le quotidien. Jacques invoque la religion comme un carcan, et le Mikvé devient sous son regard un instrument de contrôle plutôt qu’un rite de passage. Gil retire son vernis à ongles, ses boucles d’oreilles, ses bagues et ses colliers avant d’y entrer, signe d’un abandon de soi qui dit déjà beaucoup du pouvoir exercé sur elle. Quand un simple malaise la touche, Jacques dit au rabbin: « Je l’ai sauvée ». Plus tard, il va jusqu’à lui lancer: « Si elle pense bien, il ne lui arrivera que du bien ». Ces phrases résument une logique de domination qui s’habille de protection.

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Ce qui rend Si tu penses bien troublant, c’est précisément cette façon de faire passer le contrôle pour de l’amour. Le regard du film ne s’arrête pas à la seule jalousie de Jacques; il montre aussi comment il utilise la religion, le passé et leur fille pour maintenir Gil dans un espace de dépendance. La vie quotidienne d’un couple juif en France affleure en arrière-plan, avec le bruit de fond de l’antisémitisme, sans jamais déplacer le centre du récit: c’est bien l’étau conjugal qui serre, lentement, jusqu’à l’épuisement.

Pour Géraldine Nakache, associée jusque-là à des comédies plus légères comme Tout ce qui brille et J’irai où tu iras, ce virage marque une inflexion nette. Ici, elle filme moins l’élan que la chute, et le fait avec une attention qui fait de Si tu penses bien une immersion dans un lent naufrage psychologique. Le film ne laisse guère de doute sur son constat: ce qui menace Gil n’est pas un accident, mais un système de domination installé dans la durée.

À Cannes, la présentation du film ne sert donc pas seulement à dévoiler un nouveau titre de la réalisatrice. Elle confirme surtout qu’elle s’empare désormais d’un registre plus sombre, où l’intimité devient le lieu même de la violence. Et au terme du récit, la question n’est plus de savoir si Gil comprend ce qui lui arrive; c’est de savoir si elle parviendra à reprendre la main avant que l’emprise de Jacques n’ait tout verrouillé.

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