Cannes a rendu hommage cette semaine à Claire Denis en lui remettant le Carrosse d’or, une distinction qui salue l’ensemble de sa carrière. La cinéaste de 80 ans a reçu ce prix au festival alors qu’elle reste au centre de l’actualité, après la sortie en salles, le mois dernier, de Le cri des gardes.
Ce Carrosse d’or vient couronner une œuvre bâtie sur une vingtaine de films, commencée en 1988 avec Chocolat. Déjà récompensée en 2022 par le Grand Prix pour Stars at Noon, Denis voit sa place consacrée une nouvelle fois à Cannes, cette fois pour l’ensemble de son parcours et non pour un seul titre.
Le moment est aussi celui d’un retour sur un itinéraire de cinéma façonné très tôt. Claire Denis a grandi en Afrique, au Cameroun, en Somalie, en Haute-Volta et à Djibouti, avant de revenir en France à 12 ans pour être soignée d’une poliomyélite. Cette enfance dans des territoires africains de l’époque coloniale a marqué durablement son regard et ses films, souvent traversés par les corps, les silences et des questions plus vastes que l’intrigue elle-même.
La dernière œuvre qu’elle a portée sur les écrans, Le cri des gardes, adapte la pièce Combat de nègre et de chiens de Bernard-Marie Koltès. Son cinéma avance aussi avec des constantes reconnaissables, dont l’usage récurrent des musiques de Tindersticks dans ses films récents, un fil qu’elle ne rompt pas au gré des modes. À Cannes, elle a résumé son rapport au métier en parlant d’un choix de vie plus que d’une trajectoire de carrière: elle a dit avoir décidé que sa vie serait dans le cinéma et qu’elle n’avait jamais pensé en termes de carrière, mais en termes de ne plus sortir du cinéma.
Denis a aussi décrit sa manière de travailler avec les acteurs en des mots qui disent beaucoup de sa méthode: être près d’eux, aimante, attirée par eux, presque amoureuse. Ce prix à Cannes ne récompense donc pas seulement une filmographie déjà installée dans le paysage; il confirme qu’à 80 ans, Claire Denis reste une cinéaste dont la singularité tient autant à la forme qu’à la manière d’habiter ses films. Deux nouveaux projets sont déjà à un stade précoce de développement, ce qui laisse entendre que cette reconnaissance n’ouvre pas un bilan final, mais prolonge une œuvre qui continue d’avancer.
