Monia Chokri préside cette année le jury de la Caméra d’or au 79e Festival de Cannes, et elle l’assume avec une franchise qui lui ressemble. Rencontre dans le hall de son hôtel, sur la Croisette, l’actrice et cinéaste a lancé d’emblée: « Je suis une présidente sans assistante ! »
Pour cette mission, Chokri a dit qu’elle regarderait trois films par jour jusqu’au 23 mai. Elle a parlé d’un « grand honneur », disant que cette responsabilité signifie qu’on estime qu’elle a « ce qu’il faut pour mener à bien ce jury » et qu’elle trouve « très excitant d’assister à 29 naissances ». La Caméra d’or récompense le meilleur premier film du Festival, toutes sections confondues, ce qui place son jury au cœur de l’une des décisions les plus observées de la quinzaine.
Le choix de Chokri n’a rien d’anodin à Cannes. Elle y a été vue d’abord en 2010 comme actrice dans Les amours imaginaires de Xavier Dolan, puis en 2019 comme réalisatrice avec La femme de mon frère. Entre-temps, son film Simple comme Sylvain a été présenté dans la section Un certain regard et a reçu en 2024 le César du meilleur film étranger. Cette fidélité au Festival explique en partie pourquoi elle a été décrite comme « née » à Cannes: elle y a trouvé, année après année, un lieu où son travail circule entre interprétation, mise en scène et reconnaissance critique.
La présidente du jury a aussi dit qu’elle s’était préparée en s’informant seulement « minimalement » sur chaque film, une façon de préserver le choc de la première vision. Elle a ajouté qu’elle n’était pas là pour faire la fête: « Je suis assez sage. Je ne suis pas une party animal ! » À Cannes, où l’agitation peut facilement avaler les projets, Chokri revendique donc une méthode sobre, presque ascétique, pour juger des œuvres encore neuves.
Cette sobriété n’empêche pas le calendrier d’être chargé. Chokri a indiqué qu’elle entendait aussi défendre Si tu penses bien de Géraldine Nakache, présenté en sélection officielle vendredi. Dans ce film, elle joue face à Niels Schneider, qu’elle dit retrouver pour la première fois à l’écran depuis Les amours imaginaires. À propos de l’acteur, elle a eu cette formule simple: « il est comme mon petit frère ».
Son passage à Cannes ne se limite pas à cette double casquette de jurée et d’interprète. Chokri a aussi annoncé que son quatrième long métrage, Ni le jour ni la nuit, sera tourné en France à l’automne. Cette coproduction franco-québécoise mettra en scène Raphaël Quenard et Noémie Merlant dans les rôles d’un couple de journalistes vedettes qui animent une émission de radio avant de se séparer. Autrement dit, pendant qu’elle départage les premiers films à Cannes, elle prépare déjà le suivant.
C’est là que se joue le vrai portrait du moment: une cinéaste qui revient à Cannes en gardienne des débuts des autres, tout en avançant son propre film. À l’heure où le Festival célèbre les premières œuvres, Chokri incarne elle-même une carrière qui a commencé sous les projecteurs cannois et qui continue d’y trouver son rythme.
