François Ruffin a choisi la bande dessinée pour accompagner sa campagne présidentielle, mais des pages consacrées à un incident dans un train ont déclenché une polémique qui s’est propagée bien au-delà de son camp. Sur les réseaux sociaux, ces pages ont circulé massivement, au point de faire de la Ruffin Bd un nouvel objet de bataille politique.
La séquence la plus commentée se trouve à la page 54. Dans ce passage, Ruffin et d’autres députés se rendent au comptoir numérique pour faire configurer des tablettes. Les trois assistants y sont dessinés comme des personnes racialisées, puis le panneau suivant les montre dans un champ de coton. De quoi nourrir, en pleine campagne, une critique qui vise autant le contenu que le choix du support.
Mardi 19 mai 2026, l’auteur de l’article a indiqué que Ruffin n’était présent ni dans l’hémicycle ni dans la salle des Quatre colonnes. Le même jour, le député a publié une note sur son blog pour répondre aux accusations, en écrivant: « J’ai sans doute l’antiracisme de mes artères: marqué années 90, “black blanc beur”, église Saint-Bernard, parrainages de sans-papiers, etc. »
Cette défense s’inscrit dans une campagne où les candidats cherchent à se distinguer par des livres, des entretiens et des passages médiatiques. Autour de Ruffin, la bataille dépasse le seul cas de la bande dessinée. Elle touche à son image de candidat de la gauche la plus à gauche et à sa manière de contrôler le récit qui l’entoure, selon une source proche de La France insoumise. Cette source estime d’ailleurs que l’attaque s’inscrit dans une manœuvre plus large pour fragiliser un candidat situé plus à gauche.
Mais la controverse révèle aussi une ligne de fracture ancienne. Le texte rappelle que Ruffin a déjà bénéficié de la bienveillance de son premier groupe parlementaire, La France insoumise, même si une source proche du mouvement dit qu’il a toujours été gênant. « Ruffin a toujours été gênant. Mais, au début, on n’était pas nombreux et ensuite, on a commencé à régler les problèmes plutôt en interne. En fait, quand il y a un souci, on le dit en réunion de groupe et on peut prendre des sanctions. Simplement, on fait en sorte que ça reste entre nous et que ça ne sorte pas », a confié cette source.
C’est là que la polémique prend un sens plus politique que graphique. Ruffin a longtemps été traité avec davantage d’indulgence dans son premier entourage parlementaire, mais la source dit aussi que, désormais, les problèmes sont discutés à huis clos et peuvent donner lieu à des sanctions. Dans le climat de la présidentielle, cette volonté de garder les conflits à l’intérieur ne suffit plus à contenir une affaire qui a déjà quitté le cercle militant pour gagner la campagne entière.
Le point décisif est simple: la Ruffin Bd n’est plus seulement un outil de communication, elle est devenue un test de crédibilité sur sa manière de parler d’antiracisme, de se raconter et d’imposer son propre cadre médiatique. Et dans une course où chaque image compte, la question n’est pas de savoir si la polémique est bruyante, mais si elle entame durablement l’autorité qu’il veut installer autour de sa candidature.

