Lecture: Francois Ruffin défend sa BD face aux accusations de racisme

Francois Ruffin défend sa BD face aux accusations de racisme

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a défendu lundi 18 mai 2026 sa bande dessinée , publiée le 7 mai, au lendemain d’une nouvelle salve de critiques l’accusant de véhiculer des stéréotypes racistes. Le député et candidat à la présidentielle a maintenu que son livre raconte, à partir de scènes tirées de ses rencontres du quotidien, une France fissurée mais réparable.

Ruffin a assumé un ton qu’il a lui-même décrit comme « un peu estampillé années 90 ». « J’en ai conscience, je dialogue avec des chercheurs, des militants, on en parle », a-t-il dit, ajoutant: « Est-ce que ça fait de moi un raciste? Non. » Il a aussi rejeté l’idée qu’il endosse la scène d’un train dans laquelle un homme racisé baisse la tête pendant que lui « bombe le torse »: « Ça n’est pas moi, jamais je ne me comporte comme ça. J’entends que ces images peuvent blesser. »

Le cœur de sa défense est simple. Pour Ruffin, la BD n’attaque pas des personnes, elle raconte des fractures françaises qu’il juge plus larges: la précarité, l’angoisse du lendemain et le racisme. En avril, il disait déjà vouloir signer une « œuvre humaniste » et montrer une « France (qui est) fracturée, mais que l'on peut réparer ». Cette ligne reste au centre du débat, mais elle ne suffit pas à calmer ceux qui voient dans certains passages autre chose qu’un portrait social.

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Plusieurs pages ont été dénoncées comme portant des stéréotypes racistes, notamment pour des représentations de personnes racisées décrites par des critiques comme incapables de garder leur sang-froid. La séquence du train concentre les reproches: Ruffin y intervient et règle le reste de la somme due par un passager noir, tandis qu’un passager décrit comme maghrébin prend sa défense et reproche à la police d’employer le tutoiement. Pour ses détracteurs, la scène ne raconte pas seulement une intervention solidaire; elle reconduit aussi une hiérarchie de regard, avec un homme blanc sauveur au centre du cadre.

La charge la plus directe est venue de l’eurodéputée insoumise , qui a parlé d’une BD « bourrée de racisme, de paternalisme, avec la figure de l'homme blanc sauveur ». a, lui, traité Ruffin de « raciste complexé » et écrit qu’il « se donne des airs de porte-voix du peuple, mais transforme des femmes de La Courneuve en figurantes de son récit paternaliste ». Ces critiques s’inscrivent dans une querelle plus ancienne entre Ruffin et , qu’il a quittée après les dernières législatives.

Le débat ne date pas d’hier. En 2019, des soutiens de lui avaient déjà reproché de ne pas avoir participé à la marche contre l’islamophobie, une absence qu’il avait justifiée par son « avoir foot ». Plus récemment, en mars 2026, plusieurs Insoumis et d’autres élus de gauche ont à nouveau pris leurs distances avec lui sur le terrain du racisme. Cette fois encore, Ruffin répond qu’il ne se reconnaît pas dans l’accusation, mais il sait aussi que son livre expose des images qui heurtent une partie de la gauche dont il fut proche.

La suite dépendra surtout de la capacité de Ruffin à faire tenir sa double ligne: raconter le pays tel qu’il le voit, sans perdre le lectorat qu’il voulait convaincre de sa lecture humaniste. Pour l’instant, la controverse montre surtout qu’en France, son récit de réparation passe encore par une bataille très politique sur ce qui est montré, et sur qui a le droit de parler au nom du peuple.

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