Mikayel Minasyan, ancien ambassadeur d’Armenie auprès du Saint-Siège, a publié une lettre ouverte au vitriol contre Emmanuel Macron après la visite du président français en Armenie, intervenue quelques jours plus tôt. Il affirme que ce déplacement, effectué à environ un mois d’élections, a servi de relais politique à Nikol Pachinian et non de geste diplomatique neutre.
Dans ce texte, Minasyan accuse Macron d’avoir mené « une opération de propagande politique flagrante en faveur de Nikol Pachinian » et dénonce une visite qui, selon lui, ne s’inscrit dans aucun précédent historique. Il écrit qu’« aucune visite de ce genre n’avait eu lieu avant 2018 », alors même que trois présidents français se seraient officiellement rendus en Armenie avant Macron.
La lettre relie aussi cette séquence à la crise du Haut-Karabakh. Minasyan rappelle qu’à Prague, le 6 octobre 2022, Emmanuel Macron et son hôte étaient, selon lui, sous l’aegis directe du président français lorsque Nikol Pachinian a reconnu l’Artsakh comme partie de l’Azerbaïdjan. Il affirme ensuite que 120 000 Arméniens d’Artsakh ont subi huit mois de blocus et de famine avant d’être déplacés de leur terre ancestrale en septembre 2023, à la suite d’une « agression militaire et un nettoyage ethnique ».
Le texte prend aussi pour cible la façon dont Macron a choisi ses gestes symboliques à Erevan. Minasyan note que le président français s’est rendu au Mémorial du génocide arménien, mais qu’il n’a pas rencontré le Catholicos de tous les Arméniens. Il ajoute que quatre archevêques de l’Église apostolique arménienne sont privés de liberté sur des accusations qu’il décrit comme fabriquées et politiquement motivées.
Le passage le plus dur vise cependant le pouvoir arménien lui-même. En parlant du camp de Pachinian, Minasyan emploie le mot « nikolien » comme un marqueur de rupture et va jusqu’à qualifier la séquence de « trahison nationale ». Ce choix de langage montre à quel point la visite de Macron, loin d’apaiser le débat, a ravivé les fractures autour de l’Armenie, de l’Artsakh et du rôle de Paris dans un conflit qui continue de peser sur la politique du pays.

