Un nouveau phénomène El Niño est attendu dès juillet 2026 et pourrait durer jusqu’en février 2027, selon la NOOA. Eric Guilyardi prévient qu’on ne peut pas encore savoir si cet épisode sera un « super El Niño », même si le précédent, apparu en 2024, a été le cinquième plus fort jamais enregistré.
Ce retour compte parce qu’El Niño ne se limite pas au Pacifique central, où il réchauffe les eaux de surface. Ce bassin couvre un quart de la planète et ses variations se répercutent avec un temps de retard sur le climat du reste du monde. Les effets attendus touchent déjà plusieurs zones d’outre-mer tropicales et subtropicales, de la Polynésie à la Nouvelle-Calédonie, en passant par les Marquises, l’archipel de la Société, les Australes et l’Australie.
À chaque épisode, le même mécanisme met plusieurs risques en cascade. El Niño favorise les virus transmis par le moustique tigre, dont la dengue, le chikungunya et le zika. Il favorise aussi le choléra, la peste et les hantavirus. Plusieurs études scientifiques concluent que l’activité des maladies dans certaines régions était environ 2,5 à 28 % plus élevée lors des années El Niño. Le phénomène multiplie aussi les maladies respiratoires liées à la fumée des feux de forêt provoqués par les sécheresses, les épidémies d’origine hydrique liées aux inondations et les carences nutritionnelles provoquées par de mauvaises récoltes.
La menace pèse aussi sur les océans. El Niño favorise la hausse des températures, y compris celle de l’eau. Les coraux ne supportent pas une température supérieure à 30 degrés. Le dernier épisode a déjà entraîné un blanchissement massif des récifs sur l’ensemble de la planète en 2024-2025, et Guilyardi avertit que « la fenêtre de récupération risque de ne pas être suffisante pour permettre aux coraux de se restaurer ».
Les territoires ne seront pas tous exposés de la même manière. En Polynésie, le risque cyclonique augmente du fait de la température élevée de l’océan. Aux Marquises et dans l’archipel de la Société, de très fortes précipitations et des températures ressenties élevées sont possibles. Aux Australes, Météo France prévoit un temps moins chaud et plus sec. En Nouvelle-Calédonie, la perspective est plus dure encore: sécheresses et incendies accrus, alors que les feux comptent parmi les premières causes de disparition de la faune et de la flore. Le territoire, qui compte 76 % d’espèces endémiques, est considéré comme un hot spot de biodiversité. En Australie, le même risque de sécheresses et d’incendies existe.
Reste une incertitude majeure: l’intensité réelle de l’épisode à venir. Tous les climatologues ne s’accordent pas pour dire que celui de 2026 sera particulièrement puissant, et Guilyardi résume l’état des connaissances d’une formule nette: « On ne peut pas encore savoir si cela sera un "super El Nino", il est trop tôt pour affirmer quelque chose sur son intensité. On en saura plus dans les deux mois qui viennent ». D’ici là, le compte à rebours est lancé pour des effets qui, avec El Niño, finissent presque toujours par dépasser le seul Pacifique.

