La Suisse a annoncé le 13 mai 2026 qu’elle étudiait le recours à des fournisseurs alternatifs pour sa défense antimissile, après avoir été informée par Washington de nouveaux retards dans la livraison des missiles Patriot commandés en 2022. Le calendrier, déjà repoussé par la guerre en Ukraine, glisse encore à mesure que les arsenaux américains se tendent avec le conflit en Iran.
Berne avait commandé cinq systèmes de missiles sol-air Patriot en 2022, avec des livraisons prévues entre 2026 et 2028. Ce plan n’a plus grand-chose à voir avec la réalité actuelle. Les retards accumulés pourraient désormais atteindre cinq à sept ans supplémentaires, et une livraison avant 2034 semble compromise.
Le poids financier suit la même trajectoire. Le prix des cinq systèmes pourrait doubler, passant de 2,3 milliards de francs suisses à 4,6 milliards. Armasuisse a confirmé fin avril que la Suisse avait été informée de surcoûts, tandis qu’Urs Loher a évalué en interne ces dépassements à « jusqu’à 50 % ». Le gouvernement a résumé la situation en disant que « toutes les options entraîneraient des retards de livraison ainsi que des coûts supplémentaires substantiels ».
Le dossier ne se limite pas à un problème de calendrier. La guerre en Ukraine avait déjà repoussé de quatre à cinq ans la livraison prévue des Patriot suisses, avant qu’un nouveau palier critique n’apparaisse avec le conflit en Iran. Washington dit que ses propres opérations militaires mobilisent massivement les arsenaux américains, et les pays du Golfe auraient consommé environ 800 missiles intercepteurs depuis le début du conflit. Pour la Suisse, cela signifie qu’un achat censé renforcer la couverture aérienne du pays se transforme en arbitrage entre disponibilité, coût et dépendance industrielle.
Le Conseil fédéral attend d’ici fin mai les réponses de cinq fabricants de systèmes de défense sol-air longue portée venus d’Allemagne, de France, d’Israël et de Corée du Sud. Berne affiche une préférence marquée pour des systèmes fabriqués en Europe et consulte notamment des industriels européens comme MBDA ou Eurosam, ainsi que KNDS ou Diehl côté allemand. Avant les vacances d’été, le gouvernement devra trancher entre deux systèmes complémentaires ou l’abandon du Patriot au profit d’une solution européenne. Pour la Suisse, la question n’est plus seulement de savoir quand les missiles arriveront, mais si l’option choisie au départ a encore du sens.
