À Carnac, une maison de 100 mètres carrés qui était encore fermée toute l’année il y a peu est désormais occupée. Margot Lebosse, pâtissière en formation, y vit avec son compagnon pour 850 euros par mois, dans un arrangement qui lui permet de se loger sans CDI ni garantie financière.
La jeune femme, qui a accepté ce partage de maison, décrit un intérieur simple et spacieux. « On se trouve dans le double salon, donc le coin télé, la salle à manger et la cuisine », dit-elle. Mais le contrat a une contrepartie nette: le bail mobilité l’oblige à quitter les lieux pendant les deux mois d’été, lorsque la maison redevient la résidence secondaire de ses propriétaires.
Ces propriétaires, Éric Julien et sa femme Agnès, habitent à 300 kilomètres de là, en région parisienne. Pour eux, louer autrement cette maison n’a rien d’un geste symbolique. « Quand on voit la difficulté pour les jeunes couples sur la côte de se loger alors qu'ils cherchent à travailler dans le coin et à faire vivre le coin, ça nous semblait plus logique et avoir plus de sens », explique Éric. Agnès, elle, insiste sur l’usage concret de cette présence à l’année: « On sait qu'il y a quelqu'un qui surveille la maison. À deux reprises, ils sont intervenus pour nous signaler des choses qui s'étaient passées à cause des intempéries ou de l'intervention de personnes. Ce qui fait que, quand on arrive, la maison est en bon état, au lieu de trouver une catastrophe qui n'aurait pas été signalée ».
Le dispositif a été imaginé par une association qui, depuis quatre ans, cherche à faire revivre des quartiers quasi déserts en hiver. À Carnac, elle a déjà réussi à installer 50 familles sur la commune. Son membre Hervé Souich résume l’enjeu en une formule qui dépasse le seul cas de cette maison: « Il y a un enjeu du vivre-ensemble déjà, pas vivre qu'entre vieux comme moi. Donc pouvoir loger la jeune génération, accueillir leurs enfants, avoir des écoles qui fonctionnent, avoir des commerces du quotidien qui tournent toute l'année ».
Le cas de Carnac illustre un problème plus large sur le littoral breton, où au moins une habitation sur deux est une maison secondaire, vide une grande partie de l’année en dehors des vacances et des ponts. Sur les îles bretonnes, comme Houat, ces logements inoccupés rendent la situation encore plus visible. La question n’est donc pas seulement de savoir qui dort dans ces maisons pendant quelques semaines, mais si elles peuvent encore servir à faire vivre des communes où l’hiver laisse tant de volets fermés.

