Le parquet a requis jeudi deux ans de prison avec sursis contre Claude Valentin, une infirmière libérale jugée à Ajaccio dans une affaire d’escroquerie présumée à la CPAM évaluée à près de 400 000 euros. La procureure Sterenn Hell a aussi demandé une interdiction définitive d’exercer, à l’issue d’une audience où le dossier a été disséqué sur des faits allant de 2018 à 2022.
Au centre de l’accusation, des prescriptions falsifiées, des actes déclarés comme s’ils avaient été réalisés par des infirmières remplaçantes et des journées de soins dont le volume, selon le tribunal, ne pouvait pas entrer dans 24 heures. À la barre, la magistrate a résumé sa conviction d’une formule nette: “la messe est dite”.
Le dossier, jugé par le tribunal correctionnel d’Ajaccio, porte sur un préjudice estimé à 387 000 euros pour l’assurance maladie. Le chiffre, proche des 400 000 euros retenus dans la procédure, donne la mesure d’une affaire qui dépasse le simple litige comptable. Claude Valentin, qui continuait à prodiguer des soins à ses patients au moment de l’audience, était absente pour des raisons personnelles.
Sa défense, assurée par Me Jean-François Casalta, a contesté frontalement la lecture du parquet. “On parle de faussaire mais ce n’est pas connaître le dossier que de dire ça. Une méconnaissance des règles ? Oui, plutôt”, a plaidé l’avocat, en soutenant qu’il s’agissait surtout de pratiques installées dans la durée. Il a aussi décrit sa cliente comme une “infirmière exceptionnelle et ce depuis 1998”.
Face à lui, la CPAM était représentée par Me Stéphane Ceccaldi, qui a insisté sur la nature des faits reprochés. “Une infirmière n’est pas encore médecin”, a-t-il lancé, en visant notamment les prescriptions litigieuses. Il a aussi qualifié le dossier de “fraude à connotation fashion week permanente”, une formule qui traduit le caractère, selon lui, répétitif et sophistiqué du mécanisme mis en cause.
Un autre point a pesé dans les débats: la mention d’actes supposément accomplis par des remplaçantes, alors que plusieurs pièces du dossier sont contestées. Coralie Capillon a résumé cette difficulté à l’audience en soulignant qu’“la date est raturée. L’infirmière dit que ce n’est pas elle et le médecin prescripteur non plus”. Pour la défense, ces irrégularités relèvent d’un fonctionnement courant fondé sur la confiance. “Il s’agit là de pratiques habituelles qui s’inscrivent dans des relations de confiance”, a soutenu Me Casalta, avant d’interroger la logique même de l’accusation: “On dit au patient: “Débrouillez-vous” ?”
L’affaire renvoie à une question plus large sur le contrôle des soins facturés en ville et sur la frontière entre souplesse d’organisation et fraude à la caisse. Selon le dossier, les actes se seraient étalés sur quatre ans, avec un mode opératoire fait de prescriptions modifiées, d’actes déclarés pour le compte d’autres soignantes et de journées artificiellement saturées de soins. Claude Valentin conteste les faits, mais le parquet estime que les éléments réunis justifient une sanction pénale lourde et l’arrêt total de son activité professionnelle.
Le tribunal correctionnel d’Ajaccio rendra sa décision le 19 juin 2026. À cette date, il devra dire si les explications de la défense suffisent à écarter l’escroquerie présumée ou si, au contraire, il suit le parquet dans une affaire qui met en cause à la fois des pratiques de facturation et la confiance accordée à une professionnelle en exercice depuis 1998.
