Christine Fréchette a profité de son bilan de fin de session, vendredi à Québec, pour envoyer un message politique clair: elle veut incarner une autre manière de gouverner que François Legault. La ministre de l’Économie a dit vouloir montrer qu’on peut obtenir des résultats sans « drama », sans « effets de toge » ni « grands esclandres », et avec une « approche de partenariat, plus orientée vers la concertation ».
La sortie tombe au moment où son nom est scruté pour une autre raison: la vérificatrice générale a déposé cette semaine un rapport embarrassant sur les investissements de la CAQ dans le secteur des batteries. Fréchette, qui a remplacé Pierre Fitzgibbon au ministère de l’Économie en 2024, a rejeté la responsabilité de ces investissements sur Legault et Fitzgibbon, tout en affirmant que son propre style repose sur « moins de confrontation, moins de confrontation d’entrée de jeu ».
Cette volonté de se distinguer du premier ministre n’efface pas les zones d’ombre de son propre bilan. Quand on lui a demandé si cette façon de faire relevait d’un leadership féminin, elle a dit qu’elle ne savait pas si on pouvait le qualifier ainsi. Et quand elle a parlé de ce qu’elle changerait en premier, elle a reconnu que sa pire erreur avait été de ne pas réduire plus tôt l’interventionnisme économique, qu’elle a décrit comme « au cœur de la philosophie économique » de Legault.
Le contexte parlementaire donne du poids à cette mise en scène. Le gouvernement a fait adopter 11 de ses 20 projets de loi durant la session, y compris le redécoupage controversé de la carte électorale, qui fera passer le nombre de députés de 125 à 127 à la prochaine législature, ainsi qu’une loi assouplissant les critères de mise sous garde forcée de personnes en crise. Cette dernière entrera en vigueur dans un an; Québec soutient que le nombre de personnes placées en garde préventive devrait baisser sensiblement parce que les services sociaux seront aussi améliorés. Le Collège des médecins a recensé près de 20 000 cas en 2023-2024.
Mais les revers restent lourds. Le projet de Constitution québécoise a été perdu au feuilleton, tout comme le texte destiné à accélérer les projets jugés « prioritaires et d’envergure nationale » et celui qui devait étendre la loi 101 à la formation professionnelle et aux adultes. Fréchette a dit qu’elle ramènerait le projet constitutionnel si la CAQ est de retour au pouvoir le 5 octobre, ce qui laisse ouverte la vraie question de la suite: les promesses de méthode nouvelle survivront-elles au verdict des urnes, ou les projets abandonnés reviendront-ils seulement si la CAQ obtient un autre mandat?

