Ottawa a dévoilé jeudi une stratégie nationale de sécurité alimentaire de 3,2 milliards de dollars sur 10 ans, avec un objectif simple et politiquement sensible: faire baisser le prix de l’épicerie. Le plan prévoit la création de nouveaux marchés agricoles, de pôles alimentaires et des mesures pour renforcer la production locale de fruits et légumes.
Mark Carney a présenté l’initiative lundi 26 janvier 2026 lors d’un événement tenu dans une épicerie d’Ottawa, où il a lié la politique alimentaire à la souveraineté économique. « Protéger notre souveraineté et prendre en main notre avenir, nous devons assurer le contrôle sur notre système alimentaire », a-t-il dit, dans un contexte où les ménages canadiens continuent de voir leurs factures grimper.
Le moment n’est pas anodin: le gouvernement fédéral cherche à répondre à un système où, selon son propre document, seulement 11 cents de chaque dollar dépensé pour la nourriture au Canada reviennent aux agriculteurs. Les détaillants indépendants, de leur côté, sont pris en étau entre cinq grands acteurs qui contrôlent la distribution, ce qui alimente les critiques sur la façon dont les aliments se rendent jusqu’aux consommateurs.
Le plan prévoit 1 milliard de dollars sur 10 ans pour les marchés et les food hubs, ainsi que 750 millions pour élargir la production en serre au pays. Ottawa veut aussi subventionner des équipements pour l’agriculture en environnement contrôlé, un secteur déjà très présent en Ontario, afin d’augmenter la production annuelle de fruits et légumes frais.
La stratégie vise aussi à réduire le gaspillage et la dépendance aux États-Unis. Le document rappelle que le Canada, pourtant grand exportateur de produits alimentaires, rachète souvent ses propres tomates, fruits de mer ou bœuf après transformation chez son voisin du sud. Cette boucle résume le problème que le gouvernement dit vouloir corriger: beaucoup d’exportations, mais trop peu de valeur captée ici.
Ottawa veut maintenant traduire ces promesses en structures concrètes, mais c’est là que les questions commencent. Le gouvernement prévoit deux marchés similaires au Canada d’ici 2028 et 10 food hubs d’ici la fin de 2028, sans préciser pour l’instant comment seront choisis les emplacements, les exploitants ou les règles de financement. Un marché alimentaire de Toronto, en activité depuis les années 1950, sert de modèle, mais la vraie épreuve sera de savoir si le gouvernement peut reproduire ce type d’infrastructure à grande échelle sans en perdre l’efficacité.

