Lecture: Turquie : Ankara s’impose comme médiateur clé dans la crise somalienne

Turquie : Ankara s’impose comme médiateur clé dans la crise somalienne

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La Turquie a pris une longueur d’avance dans la crise somalienne. Depuis la flambée de violences enregistrée à Mogadiscio au début du mois de juin, Ankara s’est installée comme l’intermédiaire que et les forces d’opposition ne peuvent plus ignorer.

Cette médiation arrive au moment où les tensions politiques se durcissent autour des questions électorales et constitutionnelles. Le président somalien fait face à une coalition d’opposants qui conteste la trajectoire du pouvoir central, et Ankara s’est porté garant d’un dialogue national présenté comme le seul moyen d’éviter une nouvelle montée militaire dans la capitale.

Ce rôle n’a rien d’abstrait. La Turquie dispose à Mogadiscio, depuis 2017, de la plus grande base militaire qu’elle ait ouverte à l’étranger. Des milliers de soldats y ont été formés depuis sa mise en service. En 2024, la coopération militaire a encore changé d’échelle avec un accord-cadre de défense et de coopération économique qui prévoit notamment une assistance turque à la protection des eaux territoriales somaliennes. Dans les faits, cela signifie que la présence d’Ankara ne se limite pas à parler aux camps rivaux: elle repose aussi sur des moyens de sécurité, de formation et de soutien économique qui donnent du poids à sa parole.

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C’est précisément là que se joue la difficulté. Les autorités somaliennes et plusieurs figures de l’opposition reconnaissent à Ankara une équidistance que les puissances occidentales et les voisins régionaux peinent à incarner. Mais cette neutralité affichée s’appuie sur une relation très dense. Des opérateurs turcs gèrent depuis plus d’une décennie le port et l’aéroport international de Mogadiscio. exploite l’une des rares liaisons directes régulières avec la capitale somalienne, et des entreprises de construction d’Ankara participent à la réhabilitation des infrastructures publiques. La Turquie apparaît donc à la fois comme arbitre et comme acteur engagé, ce qui explique pourquoi sa médiation est prise au sérieux sans être totalement détachée de ses intérêts.

Pour Ankara, la Somalie reste un point d’appui stratégique majeur sur la mer Rouge et l’océan Indien, dans une présence plus large en Afrique portée depuis le début des années 2010 par Recep Tayyip Erdogan. Pour Hassan Cheikh Mohamoud, le test est immédiat: accepter un cadre de dialogue piloté par la Turquie, ou laisser la crise institutionnelle se durcir dans une capitale déjà secouée par la violence de début juin. La suite dépend désormais d’un accord concret que personne n’a encore détaillé, mais dont l’absence prolongerait la fragilité du pouvoir comme celle de l’opposition.

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