Bruce Wilson a tenu la défense et le brassard du Canada pendant 10 ans, puis il a bouclé sa carrière internationale après la Coupe du monde 1986. Entre ces deux jalons, il y a eu une scène qui dit beaucoup de la façon dont Tony Waiters gérait son équipe: à Boston, lors des Jeux olympiques de 1984, les vétérans ont reçu de la bière pour entre deux matches, sans que cela n’efface l’exigence du cadre imposé par l’entraîneur.
C’est pour cela que son nom revient encore quand on cherche Canada Foot aujourd’hui. Wilson n’a pas été seulement un ancien capitaine parmi d’autres. De 1971 à 1986, il a accumulé 72 sélections internationales, dont 57 avec l’équipe A, et il a traversé une période où le Canada a commencé à se mesurer aux grandes scènes. Tony Waiters est mort en novembre 2020, à 83 ans, mais l’épisode de Boston reste l’un des rares qui montre, de l’intérieur, comment il comptait sur ses cadres.
À Harvard Stadium, où le Canada jouait ses matches du premier tour olympique, Wilson partageait sa chambre avec Bob Lenarduzzi, Ian Bridge et Dale Mitchell. Au dîner, Waiters a fait appeler les quatre vétérans et leur a expliqué que les caisses de bière canadienne empilées pour eux étaient là pour une raison: ils pouvaient prendre une ou deux bières entre les rencontres, éventuellement en faire profiter les plus jeunes, puis retourner dans leurs chambres, parce qu’ils étaient là pour quelque chose de précis. Le message était simple. La confiance était réelle, mais la discipline aussi.
Cette ligne de crête a compté. Le Canada a fait match nul avec l’Irak, a perdu contre la Yougoslavie puis a battu le Cameroun pour atteindre les quarts de finale aux Jeux olympiques de 1984. Il a ensuite perdu contre le Brésil aux tirs au but, et Wilson a marqué dans la séance. Plus tard, il a dit que Waiters le voyait comme une extension de lui-même, un joueur capable de régler les problèmes sur le terrain et de parler fort quand il le fallait, ou d’applaudir quand tout allait bien. Lenarduzzi se demandait, lui, si tout cela n’allait pas virer au piège à photographes. Cela n’a pas eu lieu. L’entraîneur savait simplement à qui il confiait le groupe.
Trois ans plus tard, cette confiance se retrouvait encore sur la feuille de match du Mondial 1986. Le Canada y a perdu 1-0 contre la France, 2-0 contre la Hongrie et 2-0 contre l’Union soviétique, avec Wilson, Lenarduzzi, Bridge et Randy Samuel dans la ligne arrière. Wilson a ensuite pris sa retraite après ce tournoi. Ce qui reste ouvert, en revanche, c’est la portée exacte de ce geste à Boston: on sait qu’il a installé un climat de responsabilité chez les vétérans, mais on ne sait pas jusqu’où cette bière, et la liberté qu’elle symbolisait, a vraiment pesé sur la suite du Canada Foot.
