Levi’s Vintage Clothing remet en circulation la Nevada, une paire de jeans née dans les années 1870, bien avant le 501 qui a fait la réputation de la marque. La maison en fait une sortie exclusive au Japon, vendue par loterie sur la boutique en ligne de Levi’s Japan et dans plusieurs magasins phares du pays, avec une fenêtre ouverte jusqu’au 21 mai.
La Nevada est un pantalon à la taille, conçu quand Levi Strauss & Co. n’en était qu’à cinq ou six ans de fabrication de pantalons. À l’époque, le brevet des rivets de cuivre de 1873 n’avait pas encore été déposé, et le langage de ce modèle s’était déjà formé. Levi’s dit qu’il s’agit de l’une des plus anciennes paires de son archive, un statut qui explique le soin apporté à cette réédition à ¥99,000, soit environ 623 dollars.
Le projet a suivi une méthode d’archiviste plutôt que de styliste. Levi’s Vintage Clothing est d’abord remonté dans ses réserves pour rééditer le 1944 501, le 1937 501 et le 9Rivet des années 1870, avant de s’attaquer à la Nevada. Le modèle porte le nom de l’État où des exemplaires survivants ont fini par être retrouvés par des chercheurs d’archives, et il montre déjà plusieurs traits qui deviendront familiers dans l’histoire du denim Levi’s.
La silhouette est plus large que celle du 501 plus tardif. Sur la jambe gauche, la Nevada conserve une poche à outils fine, un détail que Levi’s n’a produit que pendant une courte période avant de l’abandonner. Le dos n’affiche qu’une seule poche, et non une paire assortie comme sur des jeans plus récents. À cela s’ajoutent des rivets du brevet de 1873, des boutons à coudre, une couture arcuate à aiguille unique sur l’unique poche arrière, un patch en cuir centré au dos, des poches en denim, des rondelles de cuir derrière les rivets, une braguette à boutons, des boutons pour bretelles et une sangle de serrage.
Le tissu vient aussi avec sa propre histoire. La Nevada est confectionnée dans un denim plain selvedge loomstate dormant de Cone Mills White Oak, un stock jamais utilisé avant la fermeture de l’usine en 2017, après plus d’un siècle à fournir Levi’s en denim. Le tissu pèse 9 oz., n’est ni sanforisé ni lavé, et la pièce est assemblée aux États-Unis à petite échelle. Ce choix ancre la sortie dans une logique de reproduction historique, mais il souligne aussi la rareté du matériau même, impossible à refaire à l’identique aujourd’hui.
La vente par loterie, organisée sur un seul marché, ajoute une autre couche de restriction. Les inscriptions de revente sont écartées, ce qui limite encore davantage l’accès à un modèle déjà réservé au Japon. Ce lancement dit quelque chose de la stratégie actuelle de Levi’s Vintage Clothing: faire de ses archives non pas un simple exercice patrimonial, mais un produit recherché, tiré au plus près de ses origines et distribué comme une pièce de collection.
Ce qui frappe, au fond, c’est que la Nevada précède le modèle devenu canonique de la marque tout en en annonçant plusieurs codes. Elle rappelle que l’histoire du jean Levi’s ne commence pas avec le 501, mais dans une période plus rudimentaire, où la forme se cherche encore et où les détails pratiques, comme la poche à outils, la braguette à boutons ou la sangle de serrage, définissent déjà le vêtement. En la ramenant au présent, Levi’s ne réédite pas seulement un pantalon: il remet en circulation un morceau de l’avant-histoire du blue jean.
