« Notre salut », le film d’Emmanuel Marre, a été projeté mercredi 20 mai 2026 au Palais des Festivals, dans le cadre du Festival de Cannes 2026. Porté par Swann Arlaud, le long-métrage replonge dans la France de l’automne 1940, au moment où Henri, 49 ans, gagne Vichy avec l’espoir d’obtenir une place dans la nouvelle administration dirigée par le maréchal Pétain.
Le film s’appuie sur le parcours d’Henri Malle, un membre de la famille du réalisateur. Marre a expliqué avoir voulu raconter l’itinéraire de quelqu’un relégué à l’arrière-plan après avoir lu les lettres qu’Henri Malle envoyait à son épouse pendant l’Occupation. Cette matière intime donne au projet une gravité particulière, au moment où Cannes l’annonce aussi parmi les candidats sérieux à la Palme d’or.
Le poids du film tient aussi à son interprète principal. Swann Arlaud, qui compte déjà trois César, a d’abord refusé le rôle. Il a remporté le César du meilleur acteur en 2018 pour Petit paysan, puis celui du meilleur acteur dans un second rôle en 2020 pour Grâce à Dieu, avant un nouveau trophée dans la même catégorie en 2024 pour Anatomie d’une chute. Mais l’acteur dit qu’au départ il ne se sentait pas à la hauteur du personnage.
Arlaud a raconté que Marre lui avait expliqué qu’Henri était « un type qui portait un costume trop grand pour lui », une image qui a fini par le toucher. Il a aussi admis qu’il trouvait le scénario extraordinaire tout en continuant à penser qu’il n’était pas le bon homme pour ce rôle. Le réalisateur lui a alors proposé d’essayer malgré tout, et après une première journée de tests peu concluante, ils ont poursuivi pendant deux autres jours avant que le rôle d’Henri ne soit attribué à Arlaud.
Ce choix dit beaucoup du film lui-même. En prenant pour point de départ un homme ordinaire tenté par l’ascension administrative à Vichy, Marre s’éloigne des récits de premier plan pour regarder la période par la marge. C’est précisément cette position, celle d’un homme qui cherche sa place dans une époque qui le dépasse, qui donne à Notre salut sa singularité.
Le film doit sortir en salles le 30 septembre 2026. D’ici là, sa trajectoire cannoise dira si cette histoire de seconde zone, tirée d’une correspondance familiale et portée par un acteur qui a hésité à la prendre, peut transformer un personnage en retrait en figure centrale du festival.

