Les commissions des Finances de l’Assemblée nationale et du Sénat ont validé mercredi la nomination d’Emmanuel Moulin au poste de gouverneur de la Banque de France, proposée par Emmanuel Macron. Le haut fonctionnaire, ancien secrétaire général de l’Élysée, attend désormais la suite de la procédure après ce feu vert parlementaire.
Cette validation intervient alors que plusieurs députés et sénateurs ont fait part de leurs réserves sur son indépendance. Moulin a occupé des postes clés dans l’appareil d’État, notamment à la direction du Trésor, comme directeur de cabinet de Gabriel Attal à Matignon et de Bruno Le Maire à Bercy. Il a aussi travaillé dans de nombreux cabinets sous les présidences de Nicolas Sarkozy et d’Emmanuel Macron, un parcours qui nourrit l’idée, chez ses détracteurs, d’une nomination d’abord politique.
La polémique s’inscrit dans un climat où le pouvoir a déjà placé à la tête de grandes institutions plusieurs proches du chef de l’État. Richard Ferrand a été nommé à la présidence du Conseil constitutionnel en février 2025, puis Amélie de Montchalin a pris la tête de la Cour des comptes un an plus tard. Le phénomène n’est pas nouveau: les présidents du Conseil constitutionnel ont souvent été proches du président en exercice, comme Jean-Louis Debré sous Jacques Chirac ou Alain Fabius sous François Hollande.
Mais les critiques ont pris de l’ampleur parce qu’elles touchent à la crédibilité même des institutions. Lorsque Laurent Fabius avait appelé à un successeur doté d’« une expérience juridique solide », de « la compétence » et de « l’expérience », il ne s’attendait pas à voir revenir aussitôt les débats sur le profil de Richard Ferrand, qui n’avait que deux ans de droit et avait été rapporteur d’environ deux textes en dix ans à l’Assemblée nationale. Dans le même temps, les attaques politiques contre le Conseil constitutionnel s’étaient durcies: Jordan Bardella avait dénoncé en janvier 2024 « le coup de force des juges » après la censure partielle de la loi immigration, et Laurent Wauquiez avait accusé en mars 2023 l’institution d’« être sorti de son lit » après la censure partielle de la réforme des retraites.
Le débat dépasse donc le seul nom d’Emmanuel Moulin. Il pose de nouveau la question de la manière dont l’exécutif choisit les responsables censés incarner la stabilité et la neutralité de l’État. Bruno Retailleau, lui-même censuré sur un texte prolongeant la rétention de certains étrangers jugés dangereux, avait déjà averti que « l’État de droit » n’était « ni intangible ». C’est précisément ce type de fracture que la nomination d’un proche du pouvoir remet aujourd’hui au premier plan.

