Un Français sur trois dans l’Hexagone est lié à la migration, selon une vaste enquête publiée le 21 mai 2026 et fondée sur les parcours de trois générations. L’ouvrage Trajectoires et origines 2, long de 600 pages, rassemble les contributions de trente-cinq chercheuses et chercheurs de l’Ined et de l’Insee et dresse un portrait plus nuancé de l’immigration en France que les débats publics ne le laissent souvent entendre.
Menée entre 2019 et 2021 auprès de plus de 27.000 personnes, l’étude a été dirigée par Mathieu Ichou, Cris Beauchemin et Patrick Simon. Elle montre que 32 % des personnes interrogées étaient des immigrés originaires du Maghreb, 28 % d’Europe, 19 % d’Afrique subsaharienne, 16 % d’Asie et 5 % du reste du monde. Une personne sur cinq a déclaré avoir été sans papiers à un moment de son séjour en France, une proportion stable dans le temps. Et, fait moins attendu, la moitié de ces personnes sont entrées en France de manière régulière.
Les résultats reposent sur une première enquête de ce type menée en 2008-2009, mais ils vont plus loin en suivant les trajectoires scolaires, professionnelles et sociales sur trois générations. Les chercheurs y décrivent une immigration en France qui n’apparaît ni figée ni isolée. Les immigrés arrivés dans le pays ont souvent été diplômés, avec 29 % de diplômés avant 1989 contre 53 % depuis 2009, et la proportion de personnes ayant un diplôme bac + 3 ou plus est plus élevée chez les immigrés que dans la population majoritaire.
Cette montée en qualification s’accompagne, selon les chercheurs, d’une intégration relativement positive. Cris Beauchemin résume leur constat en disant: « Les immigrés et leurs descendants ne sont pas séparés du reste de la société ». Patrick Simon estime de son côté que « ces résultats permettent de dégonfler une partie des fantasmes ». Les auteurs disent aussi que les populations se mélangent par les couples, les amitiés et les pratiques sociales, avec « pas tellement d’isolats ou de communautarisme ».
Le document insiste enfin sur ce que Beauchemin appelle « un effet de sélection » et sur des « trajectoires administratives assez complexes », deux éléments qui rappellent que les parcours migratoires ne se résument ni à une frontière franchie ni à un statut figé. En présentant l’immigration comme une composante centrale et durable de la population française, l’étude vise surtout à corriger des fantasmes persistants sur les migrations en France. Dans un débat souvent dominé par les clichés, elle apporte des chiffres qui obligent à regarder la société française comme elle est aujourd’hui.
