La 79e édition du Festival de Cannes a mis en avant, jeudi, deux mouvements très différents mais reliés par une même journée de cinéma et de mémoire. À 15 heures, Moulin de László Nemes a été projeté en 35 mm, avec Gilles Lellouche dans le rôle du héros de la résistance. Plus tard, à 18 h 30, Adèle Exarchopoulos devait monter les marches du Palais des festivals pour défendre Garance, le film de Jeanne Herry.
Moulin part de l’arrestation d’un résistant en juin 1943, puis le montre interrogé sous la torture par Klaus Barbie, incarné par l’acteur allemand Lars Eidinger. Le choix du 35 mm donne au film une matière ancienne, presque physique, au moment où Cannes continue de placer la Seconde Guerre mondiale parmi les thèmes qui s’imposent d’elles-mêmes dans cette 79e édition. Dans la compétition, après quatre jours, aucun consensus net ne s’était encore dégagé.
Ce retour au passé a trouvé un écho inattendu sur la Croisette avec Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux. Les deux actrices sont arrivées en T-shirts les montrant l’une à l’autre, Exarchopoulos portant un haut noir où l’on pouvait lire « Léa forever », un geste aussitôt rendu par Seydoux. La scène a rappelé qu’en 2013, les deux femmes avaient reçu la Palme d’or avec Abdellatif Kechiche pour La vie d’Adèle, un souvenir que Cannes n’a jamais vraiment quitté.
Cette journée a aussi résumé ce que cette édition cherche encore à faire tenir ensemble: la grande histoire, les corps à l’écran et les fidélités du festival à ses figures. Le cinéma de guerre de Nemes renvoie à une Europe hantée par ses violences, tandis que la présence d’Exarchopoulos et de Seydoux ramène la Croisette à une autre forme de mémoire, plus intime, mais tout aussi durable. Le 79e Cannes ne propose pas encore de ligne claire, mais il montre déjà ses deux pôles les plus forts: la guerre d’un côté, les retrouvailles d’un duo devenu emblématique de l’autre.

