Pedro Almodovar est revenu sur la Croisette avec Autofiction, présenté en compétition au Festival de Cannes, alors que le film doit sortir en salles mercredi 20 mai. À 76 ans, le cinéaste espagnol propose son 24e long métrage, une œuvre introspective qui brouille à nouveau la frontière entre réalité et fiction.
Le film suit Raul, un réalisateur culte qui n’a plus tourné depuis cinq ans. Monica lui annonce qu’elle va prendre du temps pour s’occuper d’une amie endeuillée par la perte d’un enfant, et Raul se sert de ce chagrin pour nourrir le scénario qu’il écrit. Dans Autofiction, cette mécanique intime fait surgir une question morale simple et brutale: jusqu’où un artiste peut-il puiser dans la douleur des autres pour créer?
Le retour d’Almodovar à Cannes a aussi valeur de rendez-vous avec son histoire au festival. Il y reste une présence régulière, et il y a déjà été récompensé: le Prix de la mise en scène pour Tout sur ma mère en 1999, puis le Prix du scénario pour Volver en 2006. Mais malgré ces distinctions majeures, il n’a jamais remporté la Palme d’or, une absence qui continue de définir son rapport au festival autant que ses succès.
Autofiction arrive après La Chambre d’à côté, sortie deux ans plus tôt, et prolonge une veine plus méditative dans l’œuvre d’Almodovar. Le film parle de deuil, de création et du temps qui passe, sans quitter cette tension entre l’élan romanesque et l’autobiographie déguisée qui traverse souvent son cinéma.
Cette fois, le centre de gravité n’est pas seulement Raul. Monica lui lance qu’il est complaisant avec lui-même, qu’il ne peut pas vivre éternellement de son prestige, qu’il les vampirise sans même obtenir un bon scénario, et qu’il ferait mieux de profiter des choses, de sortir et de vivre, parce qu’il n’y a pas que la réalisation dans la vie. Elsa, autre figure de cinéaste culte, a pour sa part quitté le cinéma pour la publicité; elle souffre de migraines et de crises de panique. Bonifacio, plus jeune qu’elle, travaille comme strip-teaseur. Ces personnages déplacent le film vers une réflexion plus large sur l’âge, la fatigue et les rôles que chacun accepte ou refuse d’habiter.
Ce que montre Autofiction, au fond, c’est qu’Almodovar n’essaie pas seulement de revenir à Cannes. Il y revient avec un film qui regarde en face la place qu’occupe encore un artiste de 76 ans lorsqu’il s’obstine à transformer la vie vécue en matière de cinéma, même quand cette matière brûle encore.

