Wes Streeting a livré cette semaine sa première prise de parole aux Communes depuis sa démission du poste de secrétaire à la santé, en profitant du débat sur le discours du roi pour lancer un avertissement brutal à son parti. Il a dit avoir quitté le gouvernement parce que, selon lui, la bataille contre le nationalisme populiste est « actuellement perdue ».
L’ancien ministre a soutenu que le Labour devait être plus audacieux et proposer un vrai changement. « Le parti travailliste a été élu pour apporter un vrai changement. Nous pouvons encore le faire », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il ne croyait pas que le parti ait « le temps de tourner en rond au gouvernement ». Son message est venu au moment où il cherche à expliquer une sortie du gouvernement qui a pris fin la semaine dernière, après avoir également appelé Keir Starmer à quitter le poste de premier ministre.
Streeting n’a toutefois pas attaqué Starmer de front dans l’hémicycle. Il a au contraire salué le premier ministre pour avoir maintenu le Royaume-Uni à l’écart de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Mais il a aussi reproché au gouvernement d’avoir été trop prudent, au moment où il estime que le terrain politique se dérobe.
Le député a prévenu que, si Labour ne change pas de cap, il risque de « remettre les clés de Downing Street à Reform », formule qu’il a présentée comme une menace directe pour son camp. Il a expliqué que des partis comme Reform UK avaient détourné l’idée même de patriotisme et affirmé que, pour la première fois dans l’histoire britannique, des nationalistes sont au pouvoir dans chaque coin du Royaume-Uni. Selon lui, le nationalisme écossais et gallois constitue une menace existentielle pour l’intégrité future du pays, tandis que Reform UK menace les valeurs et les idéaux qui l’ont rendu grand.
Ce discours s’inscrit dans une ligne que Streeting tient depuis des années sur le Brexit et sur ce qu’il voit comme les coûts politiques et économiques du départ de l’Union européenne. En 2015, dans son discours inaugural aux Communes, il avait déjà affirmé qu’aucun des problèmes du pays ne serait résolu par une sortie de l’UE. Samedi, il a dit qu’il aurait préféré que la Grande-Bretagne mène l’Europe plutôt que de la quitter, tout en soutenant que la souveraineté et le contrôle des frontières restent essentiels.
La tension, ici, ne vient pas seulement de ses mots. Streeting devait être un critique en interne doté d’un poids réel après sa démission de la semaine dernière, mais il n’a pas réussi à réunir l’appui nécessaire pour une défiance formelle contre Starmer parmi plus de 80 députés travaillistes. Il a donc choisi de faire de la tribune parlementaire un lieu d’alerte plutôt que de rupture ouverte. Reste que son plaidoyer place le débat interne du Labour face à une menace plus large: la montée de Reform UK, mais aussi les pressions venues du nationalisme écossais et gallois.
Pour Streeting, le point central est simple. Sa lecture du pays repose sur une identité plus large que les arguments étroits sur le patriotisme, et il a résumé cette vision dans une phrase qui répond à une partie du débat migratoire et social qui traverse la politique britannique: « La infirmière venue du Nigeria n’est pas l’ennemie de l’ouvrier de Newcastle. La famille qui fuit la guerre n’est pas responsable de la crise du coût de la vie. »

