Au lendemain d’une table ronde tenue en marge du festival de Cannes, Sara Forestier a lancé un appel direct aux responsables politiques pour qu’ils inscrivent enfin à l’ordre du jour la proposition de loi contre les violences sexistes et sexuelles dans le cinéma. « Protégez les victimes, légiférez ! Sonnez la fin de l'impunité, légiférez ! », a-t-elle lancé devant le public, en réclamant aussi l’appui de « toutes les forces politiques » et de « tous les présidents de groupes parlementaires ».
L’actrice a ajouté qu’il fallait mobiliser « tous les métiers » du cinéma pour soutenir ce texte présenté la semaine dernière à l’Assemblée nationale. Le projet, porté par les députés Erwan Balanant et Sandrine Rousseau, compte 19 articles et prévoit notamment un renforcement de la protection des mineurs dans le cinéma, l’interdiction de toute sanction financière contre les personnes qui signalent des faits de violences sexistes, sexuelles ou de harcèlement, ainsi que la création d’une nouvelle infraction obligeant les employeurs à transmettre les faits portés à leur connaissance.
Cette proposition de loi s’inscrit dans le prolongement d’une commission d’enquête parlementaire sur les violences dans les secteurs du cinéma et de la culture. Il y a un an, un rapport parlementaire décrivait déjà ces violences comme « systémiques », une formulation qui a pesé dans la reprise du dossier à l’Assemblée. Le texte ne pourra toutefois pas être examiné tant qu’il n’aura pas été ajouté à l’agenda législatif.
C’est là que se joue désormais le cœur du dossier. Le calendrier parlementaire est déjà très chargé, et l’inscription d’un texte aussi sensible ne dépend pas seulement de l’urgence affichée par ses défenseurs, mais de la place réelle que les groupes politiques accepteront de lui donner. Forestier a résumé cette attente en disant que « c’est un moment révélateur » et en posant une question qui vise directement les élus: « Est-ce que les politiques vont réellement faire quelque chose de #MeToo ou est-ce que ce n'était que du vent depuis le début ? »
Pour Sandrine Rousseau, co-auteure du texte avec Erwan Balanant, l’enjeu est désormais concret: faire entrer la proposition dans le calendrier avant qu’elle ne soit noyée parmi d’autres priorités parlementaires. Après la prise de parole de Forestier à Cannes, la pression se déplace donc vers les présidents de groupe et les forces politiques, qui doivent décider si ce texte reste un signal envoyé au secteur ou s’il devient, enfin, une loi examinée.

