Soukhoï a entamé le 16 mai en Russie les essais au sol d’une modification biplace du Su-57, un avion furtif qui n’a pas encore commencé ses vols d’essai. Cette étape marque l’entrée concrète dans une configuration qui, jusqu’ici, n’existait qu’à l’état de projet et de spéculation autour de l’appareil russe de cinquième génération.
Le calendrier donne du poids à ce lancement. Dès 2020, le développement d’un Su-57 à deux places avait été évoqué pour un client étranger, et un brevet obtenu en 2023 décrivait un fuselage modifié de manière limitée afin d’élargir la cabine de pilotage. Plusieurs désignations avancées ont circulé depuis, dont Su-57D, Su-57UB et Su-57ED, sans qu’aucune n’ait été confirmée officiellement à ce stade.
Les essais au sol en cours doivent précéder une campagne de vols après validation. Pour l’industriel, aucune autre caractéristique nouvelle n’a été détaillée publiquement pour l’instant. Mais la logique d’une version biplace est claire: l’ajout d’un second membre d’équipage ouvre la voie à une répartition des tâches entre le pilote et un officier système d’armes, avec la possibilité d’aider au contrôle de drones de combat opérant autour de l’appareil.
C’est là que le sujet dépasse la seule ergonomie du cockpit. Les Forces aérospatiales russes pourraient y voir un intérêt particulier pour des missions de commandement et de contrôle associées au drone S-70 Okhotnik. Dans la famille des chasseurs de cinquième génération, seule la Chine a retenu une version biplace du J-20, tandis que les États-Unis se sont éloignés de cette configuration pour leurs propres appareils de même catégorie.
Le dossier a aussi une portée commerciale. L’Indian Air Force a indiqué que l’absence de version biplace comptait parmi les raisons de son manque d’intérêt pour le Su-57, alors qu’elle vise rapidement deux à trois escadrons de chasseurs furtifs dans l’attente de l’entrée en service du programme national AMCA. Moscou a, de son côté, proposé à New Delhi la fourniture de deux escadrons de Su-57 destinés à l’IAF.
Le calendrier indien est serré. Une décision prise d’ici fin 2026 pourrait ouvrir la voie à des premières livraisons fin 2027 ou en 2028. Pour la Russie, l’enjeu est double: garder un débouché export tout en poursuivant ses propres besoins, avec l’objectif d’un achèvement avant la fin de la décennie.
Cette ambition industrielle reste élevée. La United Aircraft Corporation vise une production de 16 à 20 Su-57 par an d’ici 2027 et poursuit l’objectif de 76 appareils pour les VKS à l’horizon 2028. En parallèle, une évaluation conjointe menée en avril 2026 a conclu que près de la moitié des installations de Hindustan Aeronautics Limited pourraient être réaffectées à la production du Su-57, à condition d’investissements supplémentaires.
Le point sensible reste pourtant ouvert. À Nashik, les exigences liées à la furtivité n’ont pas encore été entièrement détaillées dans l’article, ce qui laisse planer une question centrale sur l’ampleur réelle des adaptations nécessaires. Le prototype biplace du Su-57 avance donc à la croisée de trois intérêts — opérationnel, industriel et export — sans que l’équilibre final entre les besoins russes et les attentes indiennes ne soit encore arrêté.

