Le Plateau-Mont-Royal a refusé un permis pour la procession catholique portugaise, invoquant la nouvelle loi provinciale élargie sur la laïcité qui interdit les activités religieuses collectives sur le domaine public. Malgré ce refus, plus de 4 000 personnes ont pris part dimanche au cortège de la fête de Santo Cristo, organisé dans le secteur du Plateau pour souligner son 60e anniversaire à Montréal.
Le cortège est parti de la mission Santa Cruz, sur la rue Rachel, puis a remonté la rue Clark jusqu’à la rue Villeneuve, avant de suivre Villeneuve vers la rue St-Urbain et de revenir vers l’église par le sud de St-Urbain. L’événement a ainsi traversé les rues du quartier au moment même où la borough se retrouvait à appliquer une loi adoptée à Québec le 2 avril, dans un dossier où le permis avait été annoncé comme refusé neuf jours avant la procession.
La mairesse d’arrondissement, Cathy Wong, a dit que la procession allait de l’avant avec l’appui du Service de police de la Ville de Montréal. Elle a insisté sur le fait que « la procession n’est pas un problème à gérer. C’est une tradition à accompagner avec sensibilité et respect ». Wong a aussi rappelé que « des générations de familles portugaises ont contribué à bâtir le Plateau », ajoutant qu’elles ont façonné « nos rues, nos commerces, notre culture, notre mémoire collective ».
Pour Emanuel Linhares, l’organisateur, le cœur du défilé n’avait rien d’un rassemblement de prière. Il a dit qu’il n’y avait « pas de prière pendant la marche » et que, « principalement, c’est une célébration de gratitude ». Il a ajouté que, dans une marche de ce genre, « le silence est une marque de respect et de gratitude ». L’événement attire habituellement entre 1 500 et 2 000 personnes, ce qui rend la foule de dimanche nettement plus importante que d’ordinaire.
La controverse met en lumière la période de transition évoquée par Wong après l’adoption de Bill 9, le 2 avril, alors que les équipes du Plateau doivent déterminer comment appliquer les nouvelles règles. La mairesse a dit que ces équipes sont tenues de faire respecter les lois en vigueur, mais elle a aussi prévenu que la loi du Québec « crée des obstacles bureaucratiques pour l’arrondissement et des ambiguïtés pour des célébrations qui se sont toujours déroulées harmonieusement ». Elle a ajouté qu’elle « crée de la confusion, affaiblit les traditions et donne l’impression inquiétante que nos communautés culturelles ne pourront plus coexister sans plus de législation ».
De son côté, Linhares a affirmé que « le Plateau a été très compliqué sur tout » et que « les politiques sont très différentes ». Il a aussi dit que d’autres arrondissements ont autorisé des marches semblables, ce qui souligne le fossé entre la volonté de maintenir une tradition religieuse ancienne et la lecture plus stricte des nouvelles règles provinciales. À Montréal, le défilé de dimanche a montré qu’un refus administratif n’a pas suffi à arrêter une tradition qui existe depuis des générations et qui, cette année, a réuni beaucoup plus de fidèles que prévu.

