Roland-Garros a lancé lundi sa qualification sous une nouvelle étiquette, celle de la semaine d’ouverture, et le tournoi a cessé d’être seulement une quinzaine de tableau principal. Dès 10 heures, le public a afflué pour une journée qui a donné au site l’allure d’un vrai rendez-vous de début de Grand Chelem, avec des tribunes remplies sur la plupart des courts accessibles.
La formule a changé aussi pour les spectateurs: les billets sont proposés à 29 € ou 15 € pour les moins de 25 ans, avec accès à tous les courts sauf Philippe-Chatrier et Simonne-Mathieu, ainsi qu’aux séances d’entraînement sur le court central. Dans les allées, cette ouverture a pris un relief particulier quand la pluie a coupé l’après-midi pendant environ une heure, poussant le public à se réfugier autour de Suzanne-Lenglen avant de revenir voir la suite des matchs.
Sur le terrain, les qualifications ont livré ce que cette semaine promettait: des affiches denses, des écarts renversés et des noms que le grand public n’attendait pas forcément à ce niveau. Sur le court 14, Daniel Jade, 17 ans et 1447e mondial, a battu Daniel Evans 6-4, 6-4. Le Britannique, ancien 21e mondial, incarne le genre de victoire qui donne du poids à une journée de qualifications, parce qu’elle raconte autant l’audace du plus jeune que la chute d’un joueur revenu loin de son meilleur rang.
Jade, qui a pris la mesure du lieu autant que de l’adversaire, a dit qu’il voulait profiter au maximum du court 14, qu’il a décrit comme un court mythique ici. Le même mélange d’insouciance et de résistance s’est vu chez Carole Monnet, 24 ans et 195e mondiale, victorieuse de Polina Iatcenko au super tie-break 6-4, 4-6, 7-6 après trois heures de jeu. La Française a expliqué qu’elle avait pris conscience de la chance d’avoir le public derrière elle, qui encourage quoi qu’il arrive, et qu’il n’y a rien de mieux qu’être soutenue de la première à la dernière balle.
Le moment le plus installé dans le temps est venu vers 15h30 sur Suzanne-Lenglen, lorsque David Goffin, 35 ans et 247e mondial, a dominé Tseng Chun-Hsin 6-3, 6-1. Le Belge, qui dispute son dernier Roland-Garros, a dit qu’il prendrait sa retraite à la fin de la saison. Il a résumé ce qu’il voyait à Paris par un mot: une fête. Son match a donné à la journée une tonalité plus large que le simple résultat, celle d’un joueur qui ferme une porte pendant que le tournoi, lui, en ouvre une autre.
C’est aussi là que se lit le choix de fond du tournoi. Amélie Mauresmo a expliqué que l’ADN et les ambitions de Roland-Garros ne sont pas forcément de coller à ce qui se fait ailleurs, ni de courir après le buzz à tout prix. La semaine d’ouverture, nom donné aux qualifications, traduit cette ligne: faire venir le public plus tôt, lui donner accès à la plupart des courts et installer l’événement dans une autre temporalité. Cette année, une seule séance du soir sort de l’ordinaire, avec Gaël Monfils and friends jeudi soir.
Le contraste reste pourtant net entre l’image d’un tournoi qui se veut plus ouvert et la réalité très concrète d’une compétition qui continue de trier vite. Quinze Français étaient programmés lundi, preuve d’un premier jour chargé pour le camp tricolore, mais la pluie, les déplacements de foule et les victoires éclatantes ou laborieuses ont surtout montré que cette nouvelle semaine d’ouverture n’est pas un simple habillage marketing. Elle transforme la qualification en premier chapitre à part entière de Roland-Garros, et lundi a donné à ce chapitre une vraie épaisseur.

