À Cannes, Artus a levé le voile sur un Cyrano pas tout à fait comme les autres dans Les Caprices de l’enfant roi, la nouvelle comédie de Michel Leclerc présentée au Cinéma de plage. L’acteur y incarne Savinien de Cyrano, dit de Bergerac, à quelques semaines d’une sortie en salles annoncée pour le 24 juin.
Rencontré avec Julia Piaton sur la Croisette en marge de cette présentation, Artus a dit mesurer le poids du rôle. « Je joue Savinien, je ne joue pas Cyrano dans ma tête », a-t-il lancé, en rappelant que le personnage a déjà été porté par de grandes figures du cinéma et du théâtre. « Je suis juste un mec avec un gros nez ! » a-t-il ajouté, en souriant, comme pour désamorcer d’un trait la comparaison avec le mythe.
Le comédien a pourtant insisté sur le sérieux de l’exercice. Pour lui, tout est d’abord passé par l’écriture, qu’il juge solide, puis par un important travail de lectures avec Michel Leclerc avant le tournage. « Je pense qu’à partir du moment où quelque chose est bien écrit, ça se fait assez naturellement », a-t-il expliqué, soulignant aussi que le réalisateur les guidait en leur laissant une vraie liberté d’interprétation.
Ce Cyrano-là ne suit pas la route attendue. Artus a précisé qu’il ne joue pas Cyrano de Rostand et qu’il n’y a pas, dans cette version, de tirade du nez. Il a aussi décrit son personnage comme peu enclin à faire rire. « Et puis moi, mon personnage n’est pas drôle ! » a-t-il dit, avant d’aller plus loin: « Oui, il est même plus triste que drôle, ce Cyrano. »
Le détail du costume a, lui aussi, compté dans l’approche. Artus a reconnu que la prothèse nasale avait d’abord suscité une forme d’appréhension, par crainte d’un effet trop appuyé. « Au départ, on l’appréhende un peu. On se dit qu’on va mettre une prothèse et on se demande si on ne va pas être ridicule », a-t-il raconté. L’enjeu, dans ce film de Michel Leclerc, est précisément là: reprendre un personnage immense sans l’écraser sous la caricature.
Julia Piaton, elle, a rappelé qu’elle interprète Madeleine Béjart. L’actrice a présenté ce personnage comme une figure pionnière, l’une des premières femmes metteuses en scène, et comme une présence décisive dans la trajectoire de Molière. Son rôle s’inscrit lui aussi dans une relecture plus large des figures du théâtre français, au moment où le film tente de revisiter Cyrano sans recopier Rostand.
La présentation au Cinéma de plage s’inscrivait dans le cadre de Cannes 2026, avant la sortie en salles du 24 juin. C’est aussi ce qui donne du relief aux propos d’Artus: au milieu du festival, il ne s’est pas présenté en héritier intimidé, mais en acteur qui cherche un angle neuf, entre fidélité à l’esprit du personnage et refus du pastiche.
La vraie question n’était donc pas de savoir si le public verrait encore un Cyrano de plus. Elle est désormais posée par le film lui-même: ce Cyrano triste, libre et sans tirade attendra le 24 juin pour savoir si Cannes n’a pas seulement lancé une curiosité, mais un rôle capable de tenir face aux grands noms qui l’ont précédé.

