Chems-Eddine Hafiz dit craindre l’émergence d’un « régime d’exception » visant les musulmans en France. Dans un entretien accordé au média algérien TSA, le recteur de la mosquée de Paris estime que « la loi ne peut en aucun cas cibler un groupe ou des individus en raison de leur religion » et affirme que « le danger d’un régime d’exception est réel ».
Ses propos interviennent quelques jours après une nouvelle salve de critiques contre lui, après sa dénonciation du banquet du Canon français, où il avait accusé l’organisation « d’exclure » une partie de la population avec son offre de « cochon à la broche ». Hafiz dit aujourd’hui que la multiplication des controverses sur l’islam nourrit chez de nombreux musulmans un sentiment de saturation et d’injustice, au point que « leur appartenance religieuse est constamment placée sous suspicion ou instrumentalisée à des fins politiques ».
Le recteur relie ce malaise au climat politique français, alors que le débat reste vif autour des textes annoncés contre l’entréeisme islamiste et d’une future loi contre le séparatisme. Il dit que l’État doit bien combattre l’extrémisme et toutes les atteintes à la République, mais « avec discernement, dans le respect des libertés fondamentales et sans stigmatisation collective ». Dans cet entretien, il accuse aussi des responsables de l’extrême droite de l’avoir « manipulé » après l’avoir attaqué, et leur reproche de vouloir « normaliser les idées racistes » puis « ostraciser tous ceux qui les combattent ».
Hafiz replace enfin cette séquence dans le contexte du récent apaisement diplomatique entre Paris et Alger. Il salue « une évolution positive » et dit qu’« il existe une volonté de reprendre le chemin du dialogue », lui qui assure avoir défendu « l’apaisement » pendant toute la crise entre les deux pays. Cette reprise de contact doit encore se matérialiser lundi 18 mai, quand le garde des Sceaux se rendra à Alger à la demande de la présidence de la République pour rencontrer son homologue et évoquer plusieurs dossiers, dont la criminalité organisée et la détention du journaliste Christophe Gleizes.
Ce que dit le recteur dépasse donc la seule polémique du moment: à ses yeux, la question est désormais de savoir si la France traite ses musulmans comme des citoyens soumis au droit commun, ou comme un groupe qu’on finirait par regarder à travers le prisme permanent du soupçon.

