Izz al-Din al-Haddad a été tué vendredi dans une frappe double sophistiquée dans le quartier de Remal, à Gaza City, lors d’une attaque qui a touché un appartement résidentiel puis un véhicule tentant de fuir les lieux. Sept autres Palestiniens ont été tués, parmi eux des femmes et des enfants, et 50 personnes ont été blessées dans une zone densément peuplée et remplie de civils déplacés.
Hamas a immédiatement confirmé la mort de Haddad. Hazem Qassem l’a salué comme le « General Commander » des brigades Qassam et a parlé d’une « massive loss », tout en affirmant que le « long journey of resistance continues ». Cette mort survient alors que le mouvement tente de maintenir sa chaîne de commandement sous une pression militaire continue et au moment où la frappe vise aussi, selon la version présentée, à briser la trêve à Gaza.
Haddad n’était pas un cadre secondaire. Il avait récemment pris la tête des brigades Qassam après une série d’éliminations qui l’avaient laissé comme la principale figure militaire chargée de la lutte contre Israël. Son parcours remonte à 1987, année de la création de Hamas, et son rôle s’est renforcé au fil d’une guerre qui a réduit l’ancienne direction militaire mais pas l’organisation elle-même.
Pour Saeed Ziad, l’effet immédiat sur la branche armée de Hamas devrait rester limité malgré un « massive symbolic and moral blow ». Il a expliqué que les brigades Qassam « are not built on a hierarchical, sequential structure, but a parallel one », ajoutant qu’au cours des deux dernières décennies Hamas s’est transformé en force de guérilla décentralisée. Dans ce modèle, les unités opèrent comme des groupes isolés et autonomes, avec leurs propres lignes d’approvisionnement et doctrines de combat, si bien que si un commandant de brigade ou de bataillon tombe, le groupe connaît déjà sa mission et dispose des moyens de continuer seul.
Ziad a aussi affirmé qu’au cours des 200 derniers jours, Haddad avait reconstruit les capacités de la résistance, notamment ses tunnels, ses armes et ses formations de combat, « making it capable of defending itself once again ». Selon lui, la structure prévoit habituellement un premier, un deuxième et un troisième adjoint pour chaque commandant actif, du chef général jusqu’aux chefs de peloton, ce qui accélère le remplacement des pertes et rend la vacance du poste de courte durée. « Filling these voids happens rapidly », a-t-il dit, estimant qu’une réorganisation du commandement central ne prendrait que quelques jours, pas des mois.
Les responsables israéliens disent pour leur part être proches de démanteler le commandement central de Hamas et affirment que seuls deux membres du conseil militaire d’avant les attaques de pré-octobre 2023 sont encore en vie. Avant la guerre, la branche armée comptait environ 50 000 combattants. Mais cette frappe de vendredi montre que, même privée de figures de premier plan, l’organisation conserve des mécanismes de succession et de dispersion qui compliquent l’idée d’une décapitation définitive.
La question qui compte désormais est plus étroite et plus concrète: la mort de Haddad affaiblit-elle la capacité opérationnelle de Hamas, ou ne fait-elle que déplacer plus vite un commandement déjà conçu pour survivre aux pertes ?
Dans un conflit où chaque élimination est aussitôt suivie d’un remplacement, la réponse la plus solide pour l’instant est que la frappe a frappé fort symboliquement, mais qu’elle n’a pas encore prouvé qu’elle pouvait briser la structure qui lui survit.
