Véronique Jannot a fêté ses 69 ans le 7 mai et, au moment où elle souffle ses bougies, elle remet au premier plan ce qui a le plus changé sa vie: une maternité arrivée tard, après un cancer de l’utérus diagnostiqué à 22 ans, qui lui avait fait comprendre qu’elle ne pourrait pas avoir d’enfant biologique.
Une décennie après avoir adopté Migmar, Jannot a aussi accueilli Nyima, son cousin, devenu à son tour son fils. L’actrice a raconté avoir connu Nyima en Inde en même temps que sa fille. Lorsqu’il est arrivé en France comme réfugié pour rejoindre Migmar, elle l’a aidé à se loger et à trouver un travail. À Deauville, des amis l’ont reçu comme un membre de la famille. Le rapprochement des deux jeunes a consolidé une cellule familiale construite loin des schémas ordinaires, mais avec une même place donnée à la stabilité et à l’attention quotidienne.
Ce parcours résume une part importante de la vie privée de Jannot depuis des années. Elle a adopté Migmar à 57 ans, douze ans avant Nyima, et elle dit avoir découvert alors une responsabilité d’un autre ordre. Elle décrit l’arrivée d’une adolescente déjà marquée par plusieurs ruptures comme un bouleversement total: Migmar, née au Tibet, réfugiée, séparée de toute sa famille en Inde avant de découvrir une autre culture, avait déjà vécu plusieurs vies en une seule. Pour Jannot, cette histoire explique en partie la force du lien qui s’est noué ensuite entre eux.
L’actrice insiste aussi sur ce que la maternité tardive a changé dans sa façon d’être parent. Être mère à 57 ans, dit-elle, était compliqué parce qu’elle avait déjà plus de passé que d’avenir. Mais ce risque assumé a tout modifié: avec ses enfants, dit-elle, il y a de la complicité, de l’accompagnement et de la tendresse. Migmar, selon elle, est très bouddhiste dans son comportement, disciplinée, opiniâtre et volcanique. Nyima, lui, s’est davantage occidentalisé tout en restant proche de sa culture, avançant lentement mais sûrement.
Le contraste entre les deux enfants illustre la manière dont Jannot parle de sa famille: sans idéaliser, mais avec précision. Migmar est, à ses yeux, plus ancrée dans la retenue et la discipline; Nyima, arrivé plus tard dans son foyer, a trouvé en France un cadre, un emploi, une maison et une place. Le fait qu’il ait été accueilli à Deauville par des proches comme s’il avait toujours appartenu au cercle familial dit assez la façon dont Jannot a élargi sa famille au fil du temps.
Elle a aussi confié qu’une personne l’accompagne aujourd’hui dans sa vie, un partenaire qu’elle décrit comme complémentaire, organisé là où elle se dit bordélique, attentif à tempérer son enthousiasme et présent auprès de ses passions comme des causes qu’elle défend. Cette relation, révélée plus tard, prolonge le même récit: celui d’une vie affective reconstruite après l’épreuve médicale, puis élargie par l’adoption, sans rupture entre la sphère intime et les engagements qu’elle assume au grand jour.
À 69 ans, Jannot ne raconte pas seulement une histoire de résilience. Elle montre surtout qu’après avoir cru sa maternité impossible, elle a fini par bâtir une famille réelle, dense et durable. Le point décisif n’est pas seulement qu’elle a adopté deux enfants; c’est qu’elle les a intégrés dans une vie déjà faite, puis réinventée autour d’eux.
