Les Suisses se prononcent le 14 juin sur l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions ! », un texte anti-immigration qui veut plafonner la population du pays à 10 millions d’habitants. À Berne, dans la dernière ligne droite de la campagne, le débat s’est imposé comme un test sur l’immigration et sur les liens de la Suisse avec l’Union européenne.
Le seuil ne serait pas atteint d’un seul coup. Le texte prévoit un premier palier à 9,5 millions d’habitants, à partir duquel le gouvernement devrait agir sur l’asile et le regroupement familial. Puis, à 10 millions, la Suisse devrait renégocier la libre circulation des personnes avec l’UE. Si la limite est franchie, l’accord serait dénoncé après deux ans, avec une date butoir vraisemblable fixée à 2050.
Dans les rues de Berne, le vote se joue déjà au trottoir. Vania Alleva a distribué des tracts pour le non au sortir de la gare du centre-ville, en dénonçant une initiative qu’elle juge xénophobe, pleine de promesses irréalistes et porteuse de nouveaux problèmes. En face, Michaël Buffat défend le texte au nom d’une population qu’il dit avoir connu une croissance « complètement folle », et il affirme que l’objectif est d’améliorer la qualité de vie des concitoyens face aux effets négatifs qu’il associe à l’immigration sur l’emploi.
La fracture politique est nette. L’UDC compte parmi les rares partis qui soutiennent l’initiative, tandis que le Parti libéral-radical, le Parti socialiste, le Centre, les Vert-e-s, les Vert’libéraux et le Parti évangélique suisse la rejettent. Les sondages disponibles ont montré les deux camps au coude-à-coude, ce qui laisse le résultat ouvert à quelques jours du scrutin.
Ce vote dépasse donc la simple question du nombre d’habitants. Il dira si une majorité d’électeurs est prête à accepter qu’un plafond démographique puisse, à terme, remettre en cause des accords centraux avec l’UE. Le 14 juin, la Suisse ne choisira pas seulement un seuil: elle dira aussi jusqu’où elle veut aller pour le défendre.
