Le Canadien de Montréal a interrompu sa préparation des séries pour une scène que personne n’attendait: Cole Caufield et Nick Suzuki ont reçu leurs trophées dans le vestiaire, à la faveur d’une mise en scène surprise organisée par la LNH le 11 mai. Le moment est tombé au milieu d’une course éliminatoire déjà tendue, alors que l’équipe se préparait pour le match 4 le lendemain.
Ce détour est arrivé un jour après la victoire de 6-2 contre les Sabres de Buffalo au Bell Centre, résultat qui donnait au Tricolore une avance de 2-1 dans le deuxième tour de l’Association de l’Est. C’est précisément ce contexte qui explique pourquoi la Lady Byng Trophy et le Frank J. Selke Trophy ont soudain pris une place inhabituelle au cœur de l’actualité montréalaise: deux prix individuels, remis pendant que le groupe pensait surtout au prochain match.
Caufield a été voté gagnant de la Lady Byng Trophy, attribuée chaque année au joueur jugé le meilleur mélange de sportivité, de conduite chevaleresque et de talent par l’Association des journalistes de hockey professionnel. Il a devancé Anze Kopitar et Jake Sanderson. Avec 51 buts, 88 points en 81 matchs, seulement sept pénalités mineures et 14 minutes de punition, il a aussi terminé la saison comme le premier joueur des Canadiens à atteindre le cap des 50 buts depuis Stephane Richer en 1989-1990. Il a disputé en moyenne 18:11 par match et est devenu le premier joueur de Montréal à remporter ce trophée depuis Mats Naslund en 1987-1988.
Suzuki a reçu le Selke, remis au meilleur attaquant défensif selon le vote des journalistes de hockey professionnel. Il a été préféré à Anthony Cirelli et Brock Nelson après une saison de 101 points en 82 matchs, avec 29 buts, 72 aides, 43 points en avantage numérique et un différentiel de plus-37. Capitaine du club, il a aussi pris 1 449 mises au jeu, bon pour le sixième rang dans la LNH, et en a gagné 50,4 %, tout en jouant en moyenne 20:49 par match. Il est devenu le premier patineur montréalais à gagner le Selke depuis Guy Carbonneau en 1991-1992, et il n’a pas raté un seul match au fil de ses sept saisons dans la LNH.
Le plus frappant, c’est que les deux joueurs ont été pris de court au même endroit, au même moment. Jeff Gorton a qualifié la façon de révéler les trophées de plutôt unique, et a décrit Caufield et Suzuki comme deux joueurs très humbles qui renvoient toujours le mérite au groupe. Caufield a dit qu’on l’avait piégé et qu’il ne savait pas ce qui se passait ce jour-là; Suzuki croyait, lui, n’entrer que pour la réunion du matin et pour remettre la Lady Byng à son coéquipier avant de comprendre qu’on lui réservait la même surprise. Il a résumé l’instant en disant que le club les avait bien eus tous les deux, et qu’il se sentait profondément honoré d’avoir été choisi.
Pour Montréal, la scène a eu le goût rare d’une récompense partagée au milieu d’un printemps où chaque heure compte. La vraie suite arrive vite: Game 4 était fixé au lendemain, et le Canadien devait transformer cette soirée de trophées en énergie utile sur la glace, pendant que la série, elle, restait à gagner.

