Le Service canadien du renseignement de sécurité et quatre de ses partenaires du Groupe des cinq ont lancé mercredi une alerte conjointe sur une campagne de recrutement en ligne que les services disent liée au renseignement militaire chinois. Ils affirment que de fausses offres d’emploi circulent sur des plateformes professionnelles et servent à approcher d’anciens et d’actuels employés gouvernementaux et militaires.
Cette mise en garde est venue du SCRS, de l’Australia Security Intelligence Organization, de la New Zealand Intelligence Community, du MI5 britannique et du Federal Bureau of Investigation américain. Les cinq services disent que la Chine cherche à obtenir des renseignements militaires, politiques et économiques privilégiés, assez sensibles pour lui donner un avantage stratégique et tactique sur le Groupe des cinq.
Le SCRS décrit une méthode précise: des agents chinois, ou des personnes qui travaillent avec eux, se font passer pour des employés de sociétés d’experts-conseils, de firmes de recrutement privées ou de groupes de réflexion. Ils publient ensuite des annonces pour des postes d’analystes en politique étrangère et en défense, ce qui donne à la démarche l’apparence d’un recrutement ordinaire.
La suite, selon le service de renseignement canadien, est plus inquiétante. Les candidats retenus peuvent faire l’objet de pressions pour livrer des informations non publiques, y compris des données non classifiées sur la politique gouvernementale ou sur la stratégie, les moyens et les installations militaires. Le SCRS insiste sur un point qui complique la lecture classique de l’espionnage: les personnes visées n’ont souvent pas accès direct à des informations classifiées, mais elles peuvent quand même être poussées à fournir des détails utiles, surtout quand plusieurs morceaux apparemment mineurs sont rassemblés.
C’est là que la campagne prend toute sa portée. Une donnée isolée peut sembler anodine; combinée à d’autres renseignements, elle peut aider à dresser un portrait plus complet des priorités, des capacités et des vulnérabilités du Canada. Le SCRS dit précisément que même une information mineure peut être recueillie puis recoupée avec des éléments plus sensibles afin de nuire aux intérêts canadiens.
L’alerte publiée mercredi élargit aussi la cible au-delà des personnes directement visées. En s’attaquant à des employés actuels et anciens du secteur public et militaire, les services misent sur des profils qui ont pu côtoyer des dossiers, des réseaux ou des procédures sans nécessairement en conserver l’accès officiel. Le risque, pour les agences du Groupe des cinq, n’est pas seulement la fuite d’un document, mais l’addition patiente de renseignements qui finit par contourner les protections habituelles.
Les services n’ont pas précisé combien de personnes auraient été ciblées ou recrutées par ces fausses offres d’emploi. C’est la principale zone d’ombre laissée par l’alerte, et elle compte: elle laisse entendre une campagne potentiellement large, mais sans chiffre pour en mesurer l’ampleur. Pour l’instant, la réponse des services de renseignement occidentaux passe par la publicité du risque lui-même, afin de rendre plus difficile une méthode qui repose sur la crédibilité du faux recrutement.
