Ottawa veut créer des « champions » canadiens de la défense pour rebâtir son industrie domestique, et le gouvernement commence à en fixer les règles. Mercredi, à Ottawa, le premier ministre Mark Carney a présenté un nouveau Strategic Partnership Framework destiné à orienter l’investissement, les chaînes d’approvisionnement et les partenaires fédéraux appelés à devenir ces champions.
Le message de Carney était direct. « We are focused first on building in Canada, directing procurement to Canadian firms where we have those sovereign capabilities », a-t-il dit au salon annuel de l’Association canadienne des industries de la défense et de la sécurité, tenu cette semaine à Ottawa. Il a ajouté que lorsque le Canada ne peut pas tout fabriquer seul, il entend « partnering with like-minded allies, attracting investment, transferring IP [intellectual property] and integrating supply chains, so more public dollars will go back to Canada. »
Le poids de l’annonce tient autant au calendrier qu’au contenu. Le gouvernement libéral a publié sa Stratégie industrielle de la défense à la mi-février, et Ottawa pousse maintenant l’étape suivante: un cadre qui doit guider la sélection de partenaires fédéraux jugés stratégiques. La date à laquelle ces « champions » seront dévoilés n’est toutefois pas encore claire, ce qui laisse en suspens le nom des entreprises qui profiteront en premier de ce virage.
La ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, a expliqué que ces partenariats stratégiques pourraient permettre à Ottawa d’éviter, dans certains cas, le processus d’approvisionnement traditionnel chaque fois qu’il faut du nouvel équipement. « we’re able to basically have that conversation with how we can get the equipment that is needed. », a-t-elle dit. Selon elle, les entreprises choisies recevront des informations précises, notamment sur les priorités opérationnelles du gouvernement, et pourront compter sur le Canada comme client d’ancrage si elles réinvestissent dans l’industrie nationale.
Joly a cité comme candidats possibles des entreprises comme CAE Inc. et MDA Space Ltd., tout en précisant que des filiales américaines ou étrangères ne seraient pas exclues d’emblée. La condition, a-t-elle dit, est qu’une société soit solidement établie au Canada. « It must be a company that is anchored in Canada, obviously a Canadian company. It can be a subsidiary of other companies, but it needs to have a very strong footprint here, and also decision-making here within the country, » a-t-elle déclaré. Elle a aussi ajouté que « Many firms have already approached us, maybe Canadian firms already, or those who have some presence in Canada, but are willing to do even more, » et que « So, that’s part of the conversation. It’s not only the footprint they have now, but what they could bring in the context of becoming strategic partners. »
Le nouveau cadre s’inscrit dans un effort plus large pour reconstruire la base industrielle de défense du pays, érodée au fil des ans par une dépendance prolongée aux fournisseurs étrangers et par un système d’achats souvent critiqué pour sa lourdeur. Le gouvernement a aussi présenté mercredi sa nouvelle politique sur les retombées industrielles et technologiques, qui remplace celle lancée en 2014 et doit, elle aussi, servir à canaliser davantage de valeur vers le Canada.
La tension, pour Ottawa, est simple: accélérer les achats sans perdre le contrôle politique sur les priorités militaires. Joly a dit qu’elle travaillera avec Stephen Fuhr et la Defence Investment Agency pour déterminer quels partenaires seront retenus, mais cette étape reste politiquement délicate. Le gouvernement promet de simplifier la manière d’acheter du matériel stratégique; il doit maintenant prouver qu’il peut choisir les bons acteurs, assez vite, sans rouvrir les vieilles critiques sur un système déjà trop lent.
La vraie question n’est plus de savoir si Ottawa veut rapatrier davantage de capacités. Le point décisif est de savoir quels groupes seront assez proches du pouvoir fédéral pour devenir ces champions — et si ce nouvel élan suffira enfin à transformer les achats de défense en levier industriel durable.

