Pierre Bergeron dit qu’en matière de retraite, beaucoup de Canadiens gardent encore « la tête un peu dans le sable » en supposant que le passé de l’inflation garantit l’avenir. Le problème, c’est que le passé récent dit autre chose. L’inflation au Canada a atteint 2,8 % en avril par rapport au même mois de 2025, et elle a moyenné 2,3 % sur les quatre premiers mois de l’année.
Cette évolution compte parce qu’une grande partie de la planification de retraite repose encore sur une hausse annuelle des prix d’environ 2 %, l’objectif à long terme de la Banque du Canada. Or, au cours des cinq dernières années, l’indice des prix à la consommation a augmenté en moyenne de 3,7 % par an au Canada. Pour un fonds de pension non indexé, l’écart n’est pas théorique: il s’installe dans le revenu mensuel, année après année.
Les régimes de retraite indexés suivent le coût de la vie et protègent mieux le pouvoir d’achat. Les régimes à prestations déterminées qui ne sont pas indexés versent, eux, un montant mensuel stable à vie. La majorité des bénéficiaires de prestations déterminées se trouvent justement dans cette situation non indexée, ce qui rend la question beaucoup plus large que les cas individuels ou les calculs de portefeuille.
Au Québec, les employés du secteur public sont directement concernés, puisque le RREGOP n’est que partiellement indexé à la retraite. Le contraste entre les hypothèses de départ et la réalité des prix devient alors très concret. Un retraité qui touche 50 000 $ par an à 65 ans dans un régime non indexé verrait cette somme équivaloir à environ 41 000 $ à 75 ans si l’inflation de long terme se maintenait à 2 %. À 85 ans, l’équivalent tomberait à environ 33 650 $.
Le calcul illustre pourquoi le débat sur les fonds de pension ne se limite pas à une question comptable. Il touche à la façon dont les ménages évaluent leur revenu futur, à la différence entre une pension qui suit les prix et une autre qui reste figée, et à la fragilité d’un scénario construit sur une inflation durablement basse. Le contexte récent ne va pas dans ce sens: les taux d’intérêt bas d’après la pandémie, la guerre en Ukraine, la politique tarifaire de Donald Trump, les contre-mesures et même l’intervention militaire américaine en Iran ont tous contribué à faire monter les prix.
La vraie question, désormais, n’est pas de savoir si l’inflation passera un jour sous 2 % pendant quelques mois. Elle est de savoir combien de retraités comptent encore sur cette hypothèse pour financer vingt ou trente années de vie, alors que leur revenu, lui, ne bouge pas.

