Le Canada a ouvert le 1er mars un système de permis qui permet désormais à des véhicules électriques construits en Chine d’entrer sur son marché, dans le cadre d’un nouveau dispositif annoncé en janvier. Pour les acheteurs et les importateurs, la question n’est plus de savoir si ces voitures peuvent arriver, mais combien elles seront autorisées à franchir la frontière chaque année.
Le système prévoit jusqu’à 49 000 véhicules par an, avec une première allocation de 24 500 permis valable jusqu’au 31 août. À terme, le quota annuel pourrait grimper à 70 000 véhicules dans un délai de cinq ans, selon le cadre présenté par Ottawa. Cette évolution marque un changement net par rapport à la ligne plus dure adoptée auparavant par le Canada sur les véhicules électriques chinois.
Le dossier prend de l’ampleur parce qu’il s’inscrit dans une série de mesures commerciales prises de part et d’autre de la frontière nord-américaine. En mai 2024, les États-Unis ont imposé un tarif de 100 pour cent sur les véhicules électriques chinois. Environ trois mois plus tard, le Canada a suivi avec des mesures similaires. Puis, en janvier 2025, des règles finalisées par l’administration Biden ont effectivement restreint les logiciels et le matériel liés à la Chine sur les routes américaines, au nom de la sécurité nationale.
Les autorités américaines disent aujourd’hui considérer ces règles comme effectives et n’attendre aucun changement immédiat. Mais un point reste sans réponse claire: Washington n’a pas encore tranché la question de savoir si des véhicules électriques fabriqués en Chine, mais immatriculés au Canada, pourront entrer aux États-Unis pour un usage personnel. C’est cette zone grise qui retient l’attention des deux côtés de la frontière.
Le sujet compte particulièrement pour les Canadiens qui traversent régulièrement la frontière en voiture. Le trafic terrestre vers les États-Unis avait retrouvé environ 30 millions de trajets en 2024 avant de tomber à environ 19 millions l’année suivante, et les projections actuelles suggèrent que 2026 pourrait rester proche du niveau de 2025. Même avec cette baisse, près de 20 millions de passages terrestres pourraient encore avoir lieu en 2026.
Le nouveau cadre canadien place donc Ottawa dans une position différente de celle de ses voisins américains, tout en laissant intacte la principale incertitude pratique: un véhicule admissible au Canada le restera-t-il aussi au sud de la frontière? Pour les automobilistes et les concessionnaires, c’est cette réponse, plus que le lancement du système lui-même, qui dira si la politique change réellement la circulation des voitures électriques en Amérique du Nord.

