Montréal vit au rythme du Grand Prix et de l’effervescence autour du hockey, mais la ville s’apprête aussi à accueillir un événement bien plus grave. Le Tribunal permanent des peuples doit se tenir à Montréal pour examiner des crimes allégués contre des enfants autochtones.
Na’kuset, directrice générale du Native Women’s Shelter of Montreal, veut que ce rendez-vous ramène les débats à l’essentiel. Pour elle, il s’agit de « The truth ». Dans une ville où les foules se tournent vers les circuits de course et les patinoires, ce tribunal mettra au premier plan des accusations qui touchent au traitement des enfants autochtones et aux blessures laissées derrière elles.
La tenue de ce tribunal arrive alors que la politique fédérale est aussi secouée par la question de l’unité du pays. Les principaux partis fédéraux parlent contre l’idée d’un départ de l’Alberta du Canada, et certains comptent même faire campagne pour que la province y reste. Ce débat s’est intensifié après l’appel de Danielle Smith à un référendum sur la tenue, ou non, d’un vote sur l’indépendance.
Ces sujets se croisent dans un pays déjà saturé d’actualité, entre une frappe de drone à Luhansk et des tests d’Ebola en Ontario, mais le tribunal de Montréal donne un visage concret à une autre urgence nationale. Ici, la tension n’est pas abstraite: elle porte sur la façon dont le Canada répond aux accusations liées aux enfants autochtones, et sur la place donnée aux voix qui demandent des comptes.
Pour Na’kuset et pour ceux qui suivront les audiences, le vrai enjeu est désormais de savoir si cette tribune pourra transformer la visibilité en responsabilité. À Montréal, au moment où la ville regarde ailleurs, le rendez-vous forcera une question que les institutions ne peuvent plus éviter: que vaut une promesse de vérité quand elle arrive tard ?

