Les soldats canadiens déployés en Lettonie ne devraient pas avoir à faire face à une invasion imminente de la Russie, malgré les menaces lancées cette semaine par Moscou, juge Éric Sauvé. Le représentant russe aux Nations unies, Vasily Nebenzya, aurait menacé mardi d’une forte riposte en Lettonie si des drones ukrainiens étaient lancés depuis ce territoire vers la capitale russe, une sortie qui a relancé les inquiétudes autour du flanc est de l’OTAN.
Mais Sauvé ne voit pas dans ces propos le signe d’une offensive prochaine. Au micro de Mario Dumont à LCN, il a dit qu’il ne croyait pas qu’il fallait prendre cela au sérieux, même s’il précise qu’il faut prendre au sérieux les menaces de la Russie. « Ce qu’on voit en ce moment, c’est plus la guerre hybride, c’est-à-dire influencer les personnes qui parlent russe, le sabotage, la guerre cybernétique », a-t-il dit, en décrivant une pression qui passe davantage par l’intimidation et la désinformation que par des blindés à la frontière.
Plus de 3000 soldats canadiens sont actuellement déployés en Lettonie dans le cadre de l’opération REASSURANCE de l’OTAN, ce qui en fait le plus grand déploiement de soldats canadiens dans le monde. Ils ont aussi mené en novembre dernier un exercice majeur avec 14 autres pays, un signal de préparation collective dans une région où la vigilance reste élevée. Le sujet a pris une nouvelle dimension vendredi, après que les menaces russes ont été rapportées, au moment où le Canada cherchait à resserrer son message avec ses alliés baltes.
Ottawa a justement réagi en dénonçant les rumeurs propagées par la Russie. Anita Anand a écrit sur X que le Canada rejette la campagne de désinformation déstabilisatrice menée par la Russie concernant les récents incidents de drones, et a ajouté que le Canada se tient aux côtés de la Lituanie, de la Lettonie et de l’Estonie. Au cours de la dernière semaine, elle a aussi visité les États baltes pour réitérer cette position, alors que les tensions se sont en partie déplacées du terrain militaire vers le terrain informationnel.
Cette lecture ne dissipe pas pour autant toute inquiétude. Sauvé dit que si une invasion russe devait vraiment se préparer dans les pays baltes, on verrait pendant des semaines des troupes massées depuis la Russie et la Biélorussie, ce qui n’est pas le cas en ce moment. Il ajoute que ce n’est pas la première fois que Moscou emploie ce genre de menaces et que Poutine veut voir les pays baltes revenir sous le giron russe, comme à l’époque de l’Union soviétique. Il souligne aussi que la Russie subit des pertes économiques significatives qui ne lui permettent pas d’ouvrir un deuxième front pour l’instant, mais prévient que la pression pourrait remonter sur la Lettonie, la Lituanie et l’Estonie si la guerre en Ukraine se stabilisait jusqu’à un cessez-le-feu.
