Mad Max Furiosa n’est pas seulement un retour dans le désert de George Miller. C’est un préquel qui remonte avant Fury Road pour raconter comment Furiosa est devenue une guerrière, comment elle a perdu son bras et comment elle s’est retrouvée à libérer plus tard les concubines de la forteresse d’Immortan Joe.
Le film dure 148 minutes et s’ouvre lentement avant de prendre une vraie vitesse de croisière. Alya Brown incarne Furiosa pendant la première heure, puis Anya Taylor-Joy prend le relais. Chris Hemsworth joue Dementus, présenté comme un chef de guerre, et c’est lui qui déchire la mère protectrice de Furiosa sous nos yeux, un acte fondateur qui donne au personnage sa rage et sa trajectoire. Tom Burke, lui, s’impose comme Praetorian Jack, le grand atout inattendu du film.
Ce qui compte aujourd’hui, c’est que Miller ne livre pas une simple annexe à Fury Road. Il remonte à la source d’une héroïne déjà connue du public et transforme son origine en aventure autonome, avec les communautés de The Citadel, Gastown et Bullet Town qui structurent le monde du récit. La mise en scène cherche moins à répéter qu’à expliquer, en donnant à voir la naissance d’une survivante one-armed, deux-fisted et obstinée, sans demander au spectateur d’avoir révisé toute la saga avant d’entrer en salle.
Le film assume aussi une forme de contradiction qui le rend plus intéressant qu’un préquel ordinaire. Il veut raconter Furiosa, mais il reste impossible d’ignorer Max. Ce n’est pas son film, comme le suggère le regard posé sur lui, mais il apparaît bel et bien, et sa V-8 Pursuit Special, l’Interceptor, est entrevue tard dans le récit. Cette présence furtive rappelle que la franchise ne tourne jamais complètement le dos à son héros d’origine, même quand elle place une autre figure au centre.
Le contexte explique pourquoi cela compte. Avant Fury Road, les films Mad Max n’étaient pas vraiment connus pour leurs personnages féminins. Fury Road a changé cette lecture avec Charlize Theron en Furiosa, et ce nouveau chapitre revient en arrière pour montrer comment cette version du personnage s’est formée. La structure évoque celle de la trilogie des Dollars: un récit qui tient seul, mais qui gagne en résonance quand on connaît l’ensemble. Le résultat est un film qui se suffit à lui-même, tout en éclairant ce qui précède.
Et le jugement, au bout de la route, est net: ce Mad Max Furiosa est le troisième meilleur film de la franchise. Ses scènes d’action et sa photographie sont du même niveau haut de gamme que Fury Road, même si l’ensemble démarre plus posément. La surprise la plus forte vient peut-être de Tom Burke, brillant en Praetorian Jack, mais le film appartient d’abord à Furiosa, qui y devient enfin la figure que le titre promet et que le public attendait.

