Les pompiers de Montréal constatent une hausse des interventions liées aux vols de cuivre, un phénomène qui touche maintenant des maisons habitées et des immeubles abandonnés. Le service de sécurité incendie dit que ces vols peuvent compliquer ses opérations et, dans certains cas, créer des conditions propices à un incendie.
Le cas du 4 mai dernier à Montréal-Nord a ravivé les inquiétudes. Ce jour-là, une usine de l’arrondissement a subi un incendie attribué à un problème électrique, puis les vérifications ont montré que le dispositif de mise à la terre du bâtiment avait été sectionné. Les pompiers n’ont toutefois pas pu établir un lien direct entre ce retrait et le feu, même s’ils n’écartent pas totalement cette piste.
En élargissant leurs vérifications dans le secteur, ils ont découvert que des dispositifs de mise à la terre et d’autres câblages avaient aussi été sectionnés sur plusieurs bâtiments occupés des environs. Pour Dany Lalancette, le message est clair. « C’est une obligation au Québec d’avoir un dispositif de mise à la terre (connu sous le nom de ground). Ce n’est pas pour rien qu’on met ça, c’est une sécurité supplémentaire. Si on ne l’a pas, c’est clair qu’on augmente les risques de feu ou de surcharge électrique », a-t-il dit.
Le 10 mars dernier, dans Rosemont, les pompiers étaient déjà intervenus après qu’un immeuble vacant eut été dépouillé de la plupart de ses fils de cuivre. Selon le SIM, le bâtiment aurait pu être complètement rasé. Cette séquence illustre un changement dans la cible des voleurs: des immeubles abandonnés, ils s’attaquent aussi à des bâtiments occupés, où le risque pour les résidents et pour les intervenants est plus grand.
Le SIM estime aussi que les câbles volés ne disparaissent pas sans danger. Les fils peuvent encore être chargés d’électricité, et les malfaiteurs vont parfois faire fondre la gaine de plastique pour récupérer le métal, ce qui peut provoquer des incendies. « Dans les bâtiments abandonnés, il faut noter qu’il y a des risques de blessures, de chutes, autant pour ceux qui veulent des câbles que [pour] les pompiers. Aussi, souvent, les voleurs vont faire fondre la gaine de plastique autour des fils, ce qui peut causer des incendies », a expliqué M. Lalancette.
Le phénomène prend aussi une dimension économique. Le cuivre se négocie autour de 6 $ la livre, ce qui alimente la pression sur les installations visées. Hydro-Québec dit avoir été victime de vols de dispositif de mise à la terre 92 fois en 2024, contre 87 fois l’année dernière. « Les malfaiteurs mettent leur vie en jeu, sans parfois connaître les dangers de s’approcher des équipements d’Hydro-Québec », a indiqué l’entreprise. Pour les pompiers, le prochain enjeu est de freiner ces vols avant qu’ils ne se transforment en autre incendie. « Ça fait longtemps que ce phénomène existe, mais on voit une augmentation d’interventions et ça nous inquiète », a résumé M. Lalancette. « Mais c’est important de ne toucher à rien. En cas de doute, il est [préférable] de se tourner vers des professionnels. »

