Cent trente-cinq élus municipaux du Québec ont officiellement écrit à Hydro-Québec au cours des trois dernières années pour se plaindre des pannes répétées qui frappent leurs municipalités. Une demande d’accès à l’information a révélé que plus d’une centaine de municipalités et de villes ont aussi dénoncé la situation à la société d’État.
Ce décompte donne une mesure plus nette de l’exaspération sur le terrain, là où les interruptions de service reviennent saison après saison. Jean-Guy Galipeau, maire d’Amherst dans les Laurentides, a dit avoir interpellé Hydro-Québec à chaque occasion où il a pu lui parler. Il a aussi raconté que l’entreprise a fini par venir faire de l’élagage par petites touches, avec une amélioration visible, mais encore loin d’être suffisante à ses yeux après ce qu’il décrit comme trop de laisser-aller.
Le cas de Repentigny illustre la pression politique qui s’accumule. Nicolas Dufour dit qu’il talonne Hydro-Québec depuis son entrée en poste en 2021. Il a encore dénoncé publiquement, en décembre dernier, les pannes répétées qui touchaient ses citoyens. Après cette sortie, des centaines d’employés de la société d’État ont été envoyés sur le terrain dans les semaines suivantes pour effectuer des travaux d’élagage, selon ce qu’il a raconté, et le maire soutient que cela a aidé même si tout n’est pas réglé.
Les équipes d’Hydro-Québec lui ont aussi expliqué que certains équipements du secteur Du Boisé, à Repentigny, dataient de plusieurs décennies. Des transformateurs installés au moment de leur visite n’avaient pas de protection contre les écureuils, un détail qui en dit long sur l’état du réseau dans certains quartiers. Dufour a résumé la situation en disant qu’il est dommage de devoir se battre de la sorte avec une société d’État pour qu’elle fasse son travail.
À l’échelle du Québec, la controverse rejoint un problème plus large: des milliers de villes et villages subissent chaque année des pannes de courant. André Villeneuve estime que l’entreprise doit accélérer le remplacement des équipements vieillissants. Il soutient que la vétusté est un enjeu partout dans la province et que la réponse ne peut pas reposer seulement sur l’élagage et l’abattage.
Du côté de l’entreprise, Maxime Lajoie dit qu’Hydro-Québec veut réduire le nombre de pannes, mais qu’elle doit composer avec une contrainte financière claire. Selon lui, la société d’État doit arbitrer entre d’importants investissements sur le réseau et le maintien de tarifs parmi les plus abordables en Amérique du Nord. Il ajoute que des investissements restent nécessaires dans le cadre du plan de fiabilité, mais qu’ils doivent être faits aux bons endroits et de la meilleure façon possible.
Le message politique envoyé à Hydro-Québec est donc direct: les élus ne contestent plus seulement la fréquence des pannes, ils mettent maintenant en cause l’état même du réseau et la lenteur de ses remplacements. La société d’État dit entendre la pression et préparer les investissements requis; la vraie question, après trois ans de plaintes officielles, est de savoir si ces travaux arriveront assez vite pour convaincre des municipalités qui n’acceptent plus que l’on répare l’urgence sans régler le fond du problème.
