Laure-Agnès Caradec a quitté Les Républicains pour rejoindre l’Union des Droites pour la République, au lendemain d’un échange de textos avec Éric Ciotti qui a scellé son arrivée. L’ancienne présidente de la fédération LR des Bouches-du-Rhône, l’une des trois plus importantes de France, a annoncé son ralliement après avoir écrit à l’ancien patron des Républicains: « Je suis au bout d’un chemin. Il est temps pour moi de vous rejoindre ». Ciotti lui a répondu: « Volontiers, tu es la bienvenue ».
Le ralliement de Caradec n’a rien d’un geste isolé. À 58 ans, celle qui a passé plus de 25 ans en politique aux côtés de Jean-Claude Gaudin dit avoir déjà soutenu Ciotti lors de la primaire LR en 2022. Elle affirme aussi que « le socle commun avec le centre ne fonctionnait pas, c’était compliqué avec Renaissance ». Pour elle, le malaise est venu d’une partie de l’électorat LR: « Beaucoup de nos électeurs LR nous demandaient ce qu’on faisait avec les macronistes, nous disaient qu’il fallait arrêter d’être la droite la plus bête du monde quand la gauche n’a pas de scrupules à s’allier avec les Insoumis. Bref, ils nous disaient de faire l’union des droites ».
Caradec n’est pas une nouvelle venue dans les batailles électorales marseillaises. Elle a dirigé la campagne municipale de Martine Vassal, dont la liste n’a obtenu que 5,36 % au second tour, laissant à son camp trois sièges sur 111 au conseil local. Dans sa lecture, ce revers a marqué une fin de cycle. Elle dit aussi avoir été « libre après avoir redonné vie à la fédération LR dans le département », une fédération dont elle avait pris les commandes dans les Bouches-du-Rhône.
Le départ de cette figure locale intervient alors que la fédération LR du département a été profondément fragilisée. Ludovic Perney, 30 ans et candidat à sa direction, dit que les adhésions sont passées de 10 000 à 1 700 en deux ans, et qu’il n’y avait plus de réunions à la fédération. « Laure-Agnès a fait ses choix », a-t-il résumé, tout en défendant l’idée qu’« il y a besoin d’une droite républicaine, fière de ses valeurs, qui reparle d’autorité, de pouvoir d’achat, d’assistanat ». Il ajoute: « Moi, je n’ai pas besoin de changer de parti pour vivre politiquement » et « La clarté et l’incarnation paient ».
Chez les proches de Ciotti, ce basculement est lu comme un signal politique plus large. Franck Allisio y voit « une logique de rapprochement des élus avec ce que leur demandent les électeurs » et parle d’« un épilogue des municipales, une dynamique qui s’amplifie ». Il rappelle aussi que « nos meilleurs bureaux de vote à Marseille étaient ceux de Gaudin il y a dix ans », avant d’ajouter: « Ça veut dire que la boucle est bouclée et que la victoire est inéluctable ». Dans la région, il dit que 17 des quelque 70 communes françaises revendiquées par le RN et son allié montrent déjà l’ancrage local de cette poussée à droite.
Le mouvement de Caradec s’inscrit ainsi dans une recomposition plus vaste du paysage politique du Sud, où la droite classique se fracture entre fidélité à l’alliance avec le centre et tentation du rassemblement à droite. Dans ce paysage, le RN a renforcé sa présence locale pendant que Ciotti avance ses pions, et la défection d’une responsable aussi identifiée que Caradec donne à cette bascule une portée qui dépasse largement son seul parcours.

