Le débat sur le projet de loi d’urgence agricole a commencé mardi à l’Assemblée nationale et doit s’étirer sur deux semaines, dans un climat encore marqué par la colère du monde agricole de l’hiver dernier. Au cœur des échanges, Annie Genevard a choisi de répondre frontalement aux critiques sur la lenteur d’application des textes déjà votés.
Le 20 mai, la ministre a interpellé Yaël Braun-Pivet sur l’exécution des lois agricoles et sur le rythme des mesures promises. « Sur les quatre lois agricoles qui ont été votées en 2025, permettez-moi de vous dire que, et d’ailleurs j’interpelle à ce sujet la présidente de l’Assemblée nationale, il n’y a pas que des arrêtés dans un texte de loi, il y a aussi des mesures », a-t-elle lancé en séance, avant d’ajouter: « Et je veux vous rassurer sur l’ensemble des mesures contenues dans les quatre textes de loi, nous sommes à plus de 50 % de mesures adoptées en mai. Nous serons à 90 % en juin. Et comparé aux chiffres d’autres textes de loi, croyez-moi, nous n’avons pas à en rougir, donc je voudrais qu’on éteigne définitivement cette question qui commence à devenir un peu injuste, je ne vous le cache pas. »
La passe d’armes ne tombe pas du ciel. En février, Yaël Braun-Pivet avait déjà dit à Le Figaro que le délai entre le vote des lois et la publication des décrets d’application était trop long. Elle avait alors parlé d’un « choix délibéré » du gouvernement et de « mauvaise volonté », estimant que ces retards nourrissaient la défiance des Français envers les élus. Mardi, la présidente de l’Assemblée a maintenu la pression, tout en rappelant que le Parlement avait pour rôle de s’assurer que la loi soit correctement exécutée dans les délais. « C’est notre mission constitutionnelle madame la ministre, ne vous en déplaise », a-t-elle dit à Genevard.
Le choc politique porte sur une question très concrète: le gouvernement dit accélérer, tandis que l’Assemblée lui reproche de ne pas aller assez vite. Dans son argumentaire, la ministre insiste sur le fait que quatre lois agricoles ont été votées en 2025 et qu’une majorité de mesures a déjà été adoptée en mai, avec un objectif de 90 % en juin. De son côté, Braun-Pivet place le débat sur le terrain du contrôle parlementaire et de la confiance publique, un sujet d’autant plus sensible que l’urgence agricole a été présentée comme la réponse de l’exécutif à la colère des agriculteurs pendant l’hiver.
Reste maintenant à voir si cette accélération annoncée suffira à refermer la controverse. Le texte débattu depuis mardi doit aussi répondre à des problèmes très concrets pour les exploitants, dont la question de l’eau, et c’est là que se jouera la suite: dans la capacité du gouvernement à transformer ses promesses en mesures visibles avant la fin du mois de juin.

