Lecture: Maurice Pialat, l’insolent de Cannes et ses notes sur le cinéma

Maurice Pialat, l’insolent de Cannes et ses notes sur le cinéma

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Il y a des cinéastes qu’on célèbre pour leur élégance. , lui, est resté dans l’histoire pour un geste de refus. Après avoir reçu la Palme d’or pour , il a levé le poing contre le Festival de Cannes. Ce soir-là, il est devenu le premier cinéaste à avoir fait cela.

Le geste a marqué une image durable, mais il dit aussi quelque chose de sa manière d’être au monde: frontal, impatient, sans révérence. Pialat a souvent cultivé ce ton de défi. Il disait: « Les techniciens font bien la grève, pourquoi pas moi ? » Il se moquait des intellectuels, résumait sa distance à la lecture par cette phrase: « Moi, je lis pour m’endormir. » Et il n’aimait pas Céline.

Cette figure de cinéaste indocile revient aujourd’hui à travers Portrait de l’artiste en sale môme, le livre de publié chez P.O.L. pour 18 €. Dedet fut l’un des monteurs de Pialat, et son regard compte précisément parce qu’il vient de l’intérieur. Il montre un homme qui n’était pas seulement provocateur en public, mais aussi actif dans les marges du métier, attentif à des plus jeunes, parfois prêt à leur laisser la place.

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Pialat appréciait ainsi des cinéastes comme et . Il lui arrivait même de laisser un jeune réalisateur tourner une scène à sa place. Ce rapport aux autres n’avait rien de poli, mais il n’était pas fermé. Il fréquentait les gens du cinéma à sa façon, avec des sautes d’humeur et des jugements tranchants, tout en restant l’un des professionnels les mieux payés de la profession. La contradiction fait partie du personnage.

Le livre rappelle aussi un Pialat plus concret, plus quotidien. Il avait un appartement dans le Marais. Il achetait des livres de Pierre Benoit au Bazar de l’Hôtel de Ville et lançait, au sujet de l’écrivain: « C’était à un franc l’exemplaire, mais je n’aime pas beaucoup cet auteur. Prends celui que tu veux. » On est loin du mythe du grand homme inspiré; on est chez un homme qui marchait dans Paris, choisissait ses livres, parlait vite et coupait court.

Cette franchise débordait dans ses choix de cinéma. Il a refusé de laisser réaliser Un sac de billes et a lancé cette pique: « Tu veux que je réalise un scénario écrit par un coiffeur ? » Claude Klotz avait écrit le scénario. Sur Police, Jacques Fieschi a travaillé avec lui, preuve qu’il pouvait aussi s’entourer de plumes précises quand le film l’exigeait. Mais il changeait souvent de monteurs, et Yann Dedet faisait partie de ceux qui ont traversé cette œuvre au plus près.

Pialat a aussi laissé des notes pour un projet sur le cinéma. Là encore, il parlait de ce qu’il voulait faire avec une lucidité acide: « J’ai bien fait un film policier, je pourrais dégringoler encore en faisant un film sur le cinéma. » Cette phrase résume son rapport au métier. Il savait qu’un film sur le cinéma pouvait tourner à la démonstration, au commentaire de soi. Lui cherchait autre chose, même quand il travaillait au bord de l’autoportrait.

Le Garçu, sorti en 1995, a poussé cette logique jusqu’au bout. Pialat y a filmé une figure de père lourd, incarnée par Gérard Depardieu, tandis qu’Alexia Laroche-Joubert y apparaît comme baby-sitter. Le film n’efface pas l’homme public; il le replie dans une forme plus intime, plus dure aussi. Et c’est peut-être là que son œuvre rejoint le mieux son attitude: une manière d’avancer sans grâce apparente, mais avec une cohérence féroce.

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Son goût pour la peinture va dans le même sens. À propos de sa propre manière d’évoluer, il disait: « La réussite vient, mais je peins de plus en plus mal. » Puis il ajoutait: « J’aurais dû faire un Seurat. » Seurat est mort en 1891 à 31 ans, et la référence dit moins une admiration sage qu’une frustration aiguë, presque une envie d’avoir choisi une autre forme de grandeur. Chez Pialat, l’ambition et l’insatisfaction marchaient ensemble.

Le livre de Dedet remet ainsi en circulation un Pialat à la fois brutal, drôle, capricieux et méthodique. L’image du poing levé à Cannes reste la plus connue. Mais ce qu’elle résume vraiment, à la lumière de ces pages, c’est un cinéaste qui ne supportait ni la pose ni le confort, et qui aura toujours préféré l’affrontement à la politesse.

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